Contrat de rivière Dyle-Gette

vendredi 21 septembre 2018

La vallée de la Nethen à Beauvechain

L'entité de Beauvechain est née en 1977 de la fusion de cinq communes : Beauvechain, Hamme-Mille, L'Écluse1, Nodebais et Tourinnes-la-Grosse. Elle est la plus septentrionale de la Région wallonne et se trouve à la marge de la Hesbaye, dans ce Brabant wallon Est qui regroupe traditionnellement les localités du canton de Jodoigne.


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La route des Burettes à Beauvechain, collection M. DECONINCK

Cette décision, de nature politique et administrative, allait rejoindre, si pas l'histoire, tout au moins une certaine logique hydrographique. En effet, quatre de nos villages se trouvent accrochés solidement à la vallée de la Néthen, véritable épine dorsale qui les lie et les relie entre eux depuis toujours. C'est Pascal qui disait que les rivières sont des chemins qui marchent et qui portent où l'on veut aller... Et si la nôtre ne sera bien évidemment jamais navigable par d'autres esquifs que ceux que les enfants, rêvant de grands voyages, confient à son courant, elle reste encore aujourd'hui ce trait d'union qu'elle a toujours été par le passé, rythmant les labeurs des hommes et des femmes de chez nous, témoignant de leurs bonheurs comme de leurs heurts et malheurs.

C'est sur le plateau de la Grande Bruyère, là où depuis plus de soixante années s'est établie une plaine d'aviation, que la Néthen prend sa source pour se diriger d'abord S-N vers le hameau des Trois Burettes où elle tourne résolument vers l'Ouest, direction générale dont elle ne se départira plus sur tout son parcours beauvechenois. Contrairement à ce que pourrait évoquer aujourd'hui le terme "burettes", il s'agirait là plutôt d'un mot dérivé de buron qui indiquerait donc l'implantation en cet endroit de "maisonnettes".

Sur les premières centaines de mètres de la vallée, nos ancêtres ont tracé un chemin, qui devint bientôt rue des Burettes et qu'ils désignèrent ensuite sous le nom évocateur de "broux", toponyme qui en dit long sur l'abondance des résurgences, pisselets, fontaines et mares qui se distribuaient tout au long de ces courts méandres enjambés par de nombreux petits ponts avant qu'un voûtement, réalisé en 1987, ne fasse disparaître sous terre la Néthen à peine née de ses sources.

Arrivée au coeur du village de Beauvechain, la rivière se souvient que sa vallée fut, en de nombreuses occasions, le théâtre de la folie des hommes : souvent en effet les chefs de guerre choisirent ce petit coin du Brabant soit pour provoquer le choc de leurs armées, soit pour stationner leurs troupes qui ne manquèrent évidemment jamais de "se servir" sur le pays : le Pont d'Arcole, sous lequel le courant se faufile avant d'entamer une grande boucle autour de la colline où se sont depuis des temps immémoriaux installés pouvoirs civil et religieux, rappelle en effet que de nombreux conscrits furent appelés sous les armes à l'époque napoléonienne.

L'entrée de la Néthen sur le territoire de Tourinnes-la-Grosse se faisait en grande pompe à l'époque où un moulin, le premier de la vallée, celui de Robermont, agitait sa roue au gré du courant.

Attesté dès le XIIIe siècle sous la dénomination de "Beaumont", plus tard "d'Eluit", il sera longtemps propriété de l'abbaye d'Aulne, puis deviendra bien féodal de l'évêché de Liège. Il fonctionnait encore au début du XXe, lorsqu'il fut équipé d'un moteur à gaz. L'installation, devenue obsolète comme nombre de ses semblables, sera démontée et vendue en 1932.

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Aujourd'hui, la rue du Moulin à eau rappelle encore ces beaux jours où l'on portait son grain au meunier de Robermont.

Du pain à la bière il n'existe sans doute qu'une très courte enjambée : justement celle qui nous permet de rejoindre la Franche Comté. Le toponyme est attesté seulement depuis le XVIe siècle, mais laisse penser que cette terre devait jouir, déjà auparavant, de certaines franchises par rapport à l'évêque de Liège, seigneur de Tourinnes. Dès 1619, l'abbaye prémontrée de Parc en devient propriétaire et y installe, en 1644, deux cuves à brasser. Cette activité, les fermiers, puis les nouveaux propriétaires, la maintinrent jusqu'au XXe siècle, puisque la famille Kumps n'y mettra fin qu'en 1966.

Après avoir contourné la colline où se perche la "grosse tour" Saint-Martin, la Néthen quitte le village comme elle y était entrée : par un moulin, le "Grand moulin" ou "moulin de Tourinnes". Sa première mention date de 1233, lorsqu'un certain chevalier Gossuin de Houtain le céda à la principauté de Liège qui, elle-même, le donna en fief au chapitre de Saint-Paul qui possédait déjà Tourinnes. De 1645 à 1787, il appartiendra à l'abbaye norbertine d'Averbode, également propriétaire depuis le XIIe siècle de la ferme de Wahenges à L'Écluse.

C'est au-delà du Grand moulin de Tourinnes, le long de l'actuel tracé du "grand Brou" où la rivière accueille les eaux du Mille et du Nodebais, que les moniales de Valduc détournèrent son cours pour réaliser le très long bief qui devait alimenter l'importante chute de leur moulin et ainsi contribuer à installer le Faux Ry, qui n'est jamais que la "vraie" Néthen, à l'origine de très belles roselières. La roue, mentionnée en 1431, devait exister avant cette date dans la mesure où l'on sait combien ces "usines" d'autrefois ont toujours animé les domaines monastiques, en particulier cisterciens. Ces travaux, réalisés voici plusieurs centaines d'années, ne sont pas sans conséquences pour les riverains aujourd'hui. Les conditions du travail agricole, les cultures elles-mêmes et l'urbanisation parfois inopportune, ont contribué à provoquer la rivière qui, plus qu'autrefois, sort de ses berges lorsque les précipitations se succèdent trop rapides et trop abondantes. D'importants travaux d'égouttage, l'installation de plusieurs bassins d'orage et une originale solution qui permettra à la Néthen, en cas de crue, de rejoindre son lit originel, apporteront sans doute, à terme, une solution à ces désagréments.

Le dernier village arrosé par la Néthen est Hamme, où se trouve ce beau domaine de Valduc, abbaye de moniales cisterciennes du XIIIe au XVIIIe siècle, ensuite bien privé et aujourd'hui propriété de Madame la comtesse Grocholski, née Janssen, fille du célèbre Ministre d'État. À la sortie de la localité, après avoir reçu les eaux du

Saint-Martin et avant de quitter les terres beauvechenoises pour rejoindre le village qui porte son nom, la rivière animait autrefois les mécanismes du moulin de Litrange. Possession du seigneur de Bierbeek, ce dernier l'arrenta à Valduc au XVe siècle. Dans le courant de la seconde partie du XVIe, il aurait été transformé en moulin de fer, ce qui justifierait le nom parfois usité de "moulin de la Forge".

Ainsi donc, de moulin en moulin et de village en village, la traversée de Beauvechain au fil de la Néthen alimente les souvenirs et nourrit ses habitants d'un sentiment -partagé d'ailleurs avec le village de Néthen- d'appartenance à ce petit coin de Brabant wallon. Ce souci identitaire est largement manifesté par un tissu associatif d'une densité peu commune que fédère, depuis plus de trente années, le Foyer culturel de la Vallée de la Néthen. Puissent les autorités locales, conscientes aujourd'hui de la richesse de ces patrimoines humain, rural et culturel, en rester les garants et les gardiens.

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Moulin de Valduc à Hamme-Mille, collection M. DECONINCK,

NOTES

Orientation bibliographique succincte

M. DECONINCK, Beauvechain au fil du temps, Bruxelles, 2000.

J. SCHAYES, Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs, Beauvechain Éditions Historiques, Beauvechain, 2ème édition 1990.

J. SCHAYES, Tourinnes Beauvechain, terres d 'enclave de la principauté de Liège, Beauvechain, Nauwelaerts Éditions Historiques, 1978.

(Le) Patrimoine Monumental de la Belgique, t. 2 Brabant-Nivelles, Liège, Soledi, 1974.

J. TARLIER et A. WAUTERS, Géographie et histoire des communes belges. Province de Brabant, cantons de Jodoigne et Tirlemont, Bruxelles, A. Decq, 1872.

(La) Vallée de la Néthen, ouvrage édité à l'occasion de l'exposition organisée pour le vingtième anniversaire de l'Atelier de l'Image à Tourinnesla-Grosse en novembre 1997, Hamme-Mille, Atelier de l'Image, 1997.

Thierry BERTRAND Secrétaire général de l'Echarp août 2004


1La localité de L'Écluse appartenait à l'arrondissement de Louvain.

À l'occasion de la fixation du tracé de la frontière linguistique en 1963, elle a été rattachée à l'arrondissement de Nivelles. En 1977, elle a été fusionnée dans l'entité de Beauvechain. Aujourd'hui, elle fait donc partie de la nouvelle province du Brabant wallon. Elle n'appartient toutefois pas au bassin de la Dyle: arrosée par le Schoorbroekbeek affluent de la Gette, elle dépend donc du bassin hydrographique de cette dernière. C'est la raison pour laquelle nous ne l'évoquerons pas dans ces lignes.

Extrait de « Histoire(s) en Dyle : des hommes et des rivières en Brabant wallon ». Ouvrage collectif édité à l’initiative du Centre culturel du Brabant wallon et du Contrat de rivière Dyle en 2005.

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