Contrat de rivière Dyle-Gette

mercredi 12 décembre 2018

Le nourrissage des oiseaux d’eau

Qui n’a jamais donné un bout de pain, de sandwiches ou des restes de repas à une patrouille de canards quémandeurs autour d’un plan d’eau ? Derrière ce geste en apparence anodin et bénéfique pour les oiseaux, se cache une réalité toute autre aux conséquences parfois à l’opposé du bon sentiment initial...
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Illustration 1 source CR Haute MeuseExemple de panneau installé le long de la Meuse (Photo : CR Haute Meuse)

Dans l’imaginaire commun, le rituel du bout de pain lancé aux canards relève d’une habitude d’un bon sentiment et renvoie à des souvenirs heureux de moments partagés avec enfants et petits-enfants. Toutefois cette pratique peut se révéler néfaste. Si le nourrissage occasionnel avec de petites quantités de pain ne met pas en danger la santé des oiseaux d'eau, un nourrissage massif avec du pain, dans les lieux où il y a peu de nourriture végétale, peut engendrer des problèmes de digestion voire de carence alimentaire et des troubles comportementaux de dépendance (perte de leur instinct naturel). Rappelons ainsi un simple principe de base : les canards et cygnes, à qui sont principalement destinés ces actes de nourrissage, sont en principe herbivores; le pain (ou le jambon) ne convient donc pas à leur assurer un régime alimentaire équilibré ...

Le nourrissage des oiseaux d’eau peut également avoir des conséquences néfastes en termes de transmission de maladies. Le (gros) surplus qui ne sera pas consommé, par satiété ou manque d’intérêt, va se décomposer dans l’eau et enrichir en excès le milieu. Ce faisant, le taux d’oxygénation des eaux va chuter et des substances comme l’ammoniac et le dioxyde de carbone vont être libérés. Tout ceci va donc créer des conditions très propices à la prolifération d’algues ou de bactéries anaérobies pathogènes type Clostridium botulinum. Ces bactéries vont à leur tour produire des toxines dangereuses et responsables des vagues de botulisme, pouvant gravement affecter les oiseaux fréquentant le plan d’eau en cas d’ingestion (paralysie respiratoire, noyade, ...). Ces épisodes de botulisme aviaire peuvent apparaître toute l’année, mais sont plus fréquents durant les étés caniculaires (comme en 2018), lorsque la chaleur est persistante et couplée à une faible profondeur d’eau, elle-même par ailleurs peu oxygénée.

Pour information, il y a en outre de grandes probabilités que la nourriture ainsi jetée attire in fine l’attention des rats. Grâce à des offrandes répétées ces derniers vont bien sûr commencer à proliférer localement avec, là encore, tous les risques sanitaires liés à la transmission potentielle de maladies ... sans parler des nuisances qu’ils pourraient occasionner pour le voisinage.

 Illustration 2b

Déchets de cuisine en bord de cours d'eau (Quai St-Michel à Grez-Doiceau)

Le nourrissage des oiseaux d’eau contribue encore à la prolifération des espèces exotiques envahissantes comme la bernache du Canada ou l’ouette d’Egypte. Ces espèces peu farouches et particulièrement opportunistes profitent de cette manne providentielle, se sédentarisent, se reproduisent mieux et engendrent du coup pas mal de nuisances là où elles prolifèrent. La concurrence avec les autres espèces peut même se révéler très intense.

Illustration 3

Ouette d'Egypte (photo : Delphine Bourdais)

Au final, elles peuvent avoir un impact assez marqué sur l’environnement dans lequel elles vivent :

  • Elles détruisent la végétation rivulaire et celles des milieux humides.
  • Elles favorisent l’érosion des berges par piétinement. En effet, les espaces où ces oiseaux stationnent ne passent généralement pas inaperçus. Le pâturage et le piétinement occasionnent en outre des dommages aux cultures et pelouses.
  • Leurs excréments en excès participent également à la dégradation de la qualité de l’eau (+ cf botulisme), souillent les espaces verts, les chemins de promenades et autres espaces de détente.
  • Elles peuvent en outre avoir un comportement agressif à l’égard des autres oiseaux d’eau, voire des humains et de leurs animaux de compagnies notamment pour défendre nids et poussins.

Illustration 4
« contexte idéal pour les bernaches du Canada : repos et nourriture au niveau des étangs, refuge et nourriture dans les cultures avoisinantes » (Vallée du Ri d'Hez)

De manière générale, et ce quelle que soit la saison, les oiseaux d’eau pourront trouver graines, végétaux ou insectes en abondance dans ou aux abords des plans d’eau ; ils seront donc tout-à-fait capables de se nourrir seuls ! Le nourrissage des oiseaux sur les lieux publics (parcs, cours d’eau, étangs ...) est d’ailleurs, rappelons-le, interdit par la législation, à l’exception des aliments destinés aux oiseaux des jardins en période hivernale.

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