Contrat de rivière Dyle-Gette

mardi 2 mars 2021

Création pilote d’une zone de frayère pour les poissons

Un aménagement novateur dans le sous-bassin Dyle-Gette vient d’être mis en place dans le Train. Aux manettes, on retrouve cette fois les acteurs du monde halieutique régional ... et local ! Petit retour sur cette drôle d’initiative ...

Truites fario sur place de fraie dans la Vesdre Arnaud Van Den Hove

Contexte

La journée d’échanges sur la thématique de la gestion piscicole en Dyle-Gette qui s’est déroulée en début d’année 2019 avait mis en lumière la pauvreté de notre sous-bassin en termes d’habitats favorables disponibles pour les poissons. Les principaux facteurs explicatifs sont le colmatage généralisé du substrat, l’homogénéisation structurelle des ruisseaux (lit, berges, écoulements), la pauvreté globale en ripisylve, les obstacles au déplacement et par endroit l’eutrophisation des eaux, ...

Courant 2019 afin de rebondir justement sur ce qui avait été dit lors de cette table ronde, et profitant d’un appel à projets pour aider à l’entretien, l’aménagement ou la restauration du milieu aquatique, la Maison wallonne de la pêche et la Fédération halieutique Dyle-Gette ont proposé de réaliser, à titre expérimental et pilote, un projet de recharge en granulats pour reconstituer une zone de frayère favorable à la reproduction des espèces rhéophiles. Après analyse de la répartition des concentrations de poissons sur le sous-bassin et des potentialités d’habitat, un tout beau tronçon du Piétrebais, situé entre Petit-Sart et Cocrou, est d’abord pressenti pour cet aménagement. La Société de pêche de la Truite grézienne, concernée par le droit de pêche sur ce tronçon, embraye et apporte son aide au bon développement du projet. Toutefois, malgré l’entregent des acteurs halieutiques locaux, il a fallu changer notre fusil d’épaule et changer de vallée d’accueil en raison de problèmes de propriétés riveraines ou structurelles.

Début 2020, notre choix du lieu d’implantation s’arrête finalement sur le Train, à Gistoux, le long de la rue du moulin. L’accès est facile, la pente correcte et l’habitat passablement appauvri et dégradé : idéal pour la mise en œuvre de ce projet pilote.

01 Vue globale du site avant travaux 02 Détail du substrat et des écoulements avant travaux 03 Localisation des travaux
Vue globale du site avant travaux Détail du substrat et des écoulements avant travaux Localisation des travaux

Mise en œuvre

Concertations, rédaction du cahier des charges, autorisations et sélection des entreprises se sont échelonnés entre le mois d’avril et le mois d’octobre. La Maison wallonne de la pêche et les acteurs locaux (Fédération et Société) ont été les chevilles ouvrières du projet pendant toute la procédure. La réalisation concrète, quant à elle, s’est déroulée fin novembre.

04 Vues du projet en plan et en profil

Vues du projet en plan et en profil

La mise en œuvre de cette recharge a été assez simple, rapide et, au final, assez peu coûteuse. A l’aide d’une imposante grue, d’une paire de waders et d’un râteau, trois seuils évasés en demi-lune remontant sur les berges et constitués de granulats assez grossiers (80/150 mm) ont été aménagés en travers du cours d’eau de manière à concentrer, accélérer et recentrer le flux principal du courant. Puis des éléments de granulats plus fins (20/50 mm) ont été déposés sur une épaisseur d’environ trente centimètres entre ces seuils mais aussi en amont et en aval.

05 Mise en place des seuils 06 Recharge du lit mineur avec du fin granulat 07 Quelques travaux de jardinage
Mise en place des seuils Recharge du lit mineur avec du fin granulat Quelques travaux de jardinage
08 Vue d'ensemble en cours d'aménagement 09 Vue finale dun seuil 10 Travaux terminés
Vue d'ensemble en cours d'aménagement Vue finale d'un seuil  Travaux terminés

Voilà pour la partie travaux et la mise en place de l’état initial du projet. Maintenant, il convient de laisser travailler le cours d’eau. En effet, tout ça va bouger, se déplacer ou se stabiliser, jusqu’à retrouver un certain équilibre. En pratique, au fur et à mesure du temps et des montées d’eau, une partie des petits granulats devrait être emportée plus aval afin de contribuer à la recharge en éléments grossiers du lit selon une répartition propre au régime des courants de cette rivière. Par endroits, de manière naturelle, des bancs de graviers favorables à la reproduction des poissons pourraient aussi se former. En parallèle, au droit de la zone de recharge, une partie des éléments apportés devrait rester en place et constituer une zone de fraie opérationnelle pour les poissons recherchant ce type de milieu pour se reproduire, et notamment les truites fario.

11 Fraie de la truite fario source AAPPMA

Fraie de la truite fario (source AAPPMA)

Différentes parties du Train sont en effet, actuellement, sillonnées par des individus potentiellement reproducteurs en provenance soit d’empoissonnement, soit de petits affluents propices. Ces individus survivent et grossissent très bien dans les eaux du Train mais aucune reproduction n’a encore été constatée depuis nombre d’années maintenant. La qualité de l’eau, si toujours perfectible, ne semble pas être le facteur limitant ; par contre la disponibilité en habitat favorable est largement suspectée d’influer de manière significative. Pour aller plus loin, le colmatage des sédiments, au niveau superficiel et interstitiel, est le facteur qui apparaît le plus dommageable pour permettre aux truites de se reproduire dans le Train.

12 Exemple de substrat colmaté en Dyle Gette ruisseau du Piétrebais

Exemple de substrat colmaté en Dyle Gette dans le ruisseau du Piétrebais

Et pour la suite ?

A notre connaissance, la recharge granulométrique est une technique qui a déjà été mise en œuvre dans d’autres projets de restauration de cours d’eau mais le plus souvent de manière ponctuelle et très localisée, et en tous cas jamais dans le sous-bassin Dyle-Gette. L’ampleur de ce projet revêt donc un caractère très novateur et l’évolution à venir de l’aménagement présente dès lors une grande part d’inconnue, notamment en contexte sableux et semi-rural comme dans la vallée du Train.

Quelle sera l’efficacité de cet aménagement ? Comment va se déplacer le substrat ? Comment vont évoluer les proportions granulométriques ? Quelle va être la dynamique du rapport colmatage/aération du substrat ? ... Autant de questions qu’il sera nécessaire d’investiguer afin d’en tirer des enseignements objectifs avant d’éventuellement répliquer ce type d’aménagement ailleurs dans le sous-bassin.. C’est pourquoi, les acteurs de la Maison wallonne de la pêche vont mettre en place un suivi scientifique sur au moins une année, au moyen notamment de trois techniques :

  • Levé topographique,
  • Suivi du déplacement de galets colorés,
  • Structure From Motion (modélisation 3D du site via prise de photos).

Merci à tous les acteurs impliqués et nous ne manquerons pas, dans les prochains mois, de vous tenir informés de l’évolution de cette frayère. Souhaitons enfin qu’à l’instar de cette truite, bien curieuse ma foi, aperçue sur la zone aménagée en cours de travaux, beaucoup d’autres feront de même.

13 Le collectif au service de nos rivières 14 Le Train après travaux. En route pour de nouvelles aventures
Le collectif au service de nos rivières Le Train après travaux. En route pour de nouvelles aventures

Ce projet a été financé par le Fonds budgétaire en faveur de la gestion piscicole et halieutique en Wallonie.

 

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