Contrat de rivière Dyle-Gette

samedi 19 septembre 2020

Sécheresse et cours d’eau : ça commence à bien faire !

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Personne ne peut rester indifférent aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents en Belgique. Si, d’un côté, nous apprécions la présence du soleil dans un ciel d’azur et de températures plus agréables, nous préférons quand même éviter les périodes plus « hard », celles des canicules ou sécheresses prolongées.
Le premier secteur impacté est l’agriculture, dont les revenus dépendent étroitement des conditions climatiques.
Pour nous... « autres ? », c’est plus une question de confort de vie....
Et pour nos cours d’eau, qu’en est-il ?

Ces dernières années (2017... 2018... 2019), nous avons connu plusieurs vagues de chaleur couplées avec un déficit de précipitations.
Les périodes de pluie ne semblent pas avoir permis de rétablir une situation « normale » pour nos ressources en eau : les recharges pour nos eaux souterraines (potabilisables) ont été plus lentes et nos eaux de surface (rivières & plans d’eau) ont enregistré des baisses de niveau plus fréquentes.

Malheureusement, le début de l’année 2020 ne semble pas déroger à la règle : il a certes pas mal plu (pas neigé !) en hiver  ....mais, depuis la mi-mars, le niveau des précipitations ne cesse de diminuer ! Les prévisions pour début juin ne sont franchement pas bonnes. Voir cartes IRM "sécheresse actuelle en Belgique"

Premier concerné, le secteur agricole a des raisons de s’inquiéter de ces épisodes de sécheresse à répétition.
En outre, ses représentants insistent sur le fait que, même si les nappes d’eau en profondeur peuvent se recharger régulièrement, ce sont les premiers mètres de terres arables qui comptent le plus. Et de ce côté-là, le taux d’humidité du sol laisse de plus en plus souvent (et de plus en plus longtemps) à désirer...

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Les cultures et les prairies présentent  déjà des signes de faiblesse en cette fin du mois de mai

La Fédération wallonne de l’Agriculture demande d’ores et déjà l’activation d’un fonds d’indemnisation et la reconnaissance de « calamité agricole » pour l’année 2020.

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Pelouse méditerranéenne ou réserve naturelle à Lincent ? Cherchez l'intrus !

La Flandre : déjà en danger de pénurie en ce printemps 2020 !

Dans son édition du 20 mai, le Soir annonçait que les réserves d’eau en Flandre diminuent dangereusement....alors qu’en Wallonie elles sont pour l’instant plus élevées qu’en 2019.

Au Nord du pays, la situation semble en effet plus grave. La Flandre dépend fortement de ses eaux de surface (cours d’eau) pour ses approvisionnements en eau potable (ce qui n’est pas le cas de la Wallonie).
Si en avril, le niveau des nappes phréatiques était déjà préoccupant chez nos voisins, c’est aujourd’hui celui de leurs cours d’eau qui mobilise toute l’attention là-bas.

Depuis le mois d’avril, il est recommandé aux citoyens flamands d’utiliser le moins possible l’eau du robinet pour tout ce qui ne nécessite pas une eau potable de qualité.
Le « code orange » a été déclenché pour la 3ème année consécutive. Il concerne notamment les gestes pratiques de consommation d’eau : interdiction temporaire d’arroser son jardin, de remplir sa piscine, de nettoyer sa voiture....

Site de la Commission « sécheresse » flamande 

Par ailleurs, les prélèvements dans certains cours d’eau ont été récemment interdits dans plusieurs provinces flamandes, en raison de la sécheresse de ces deux derniers mois.

L’Agence flamande pour la Nature et les Forêts n’est pas en reste : elle a aussi déclenché le « code orange », qui permet de réduire les risques d’incendie dans les zones naturelles et de mobiliser davantage de pompiers en cas de besoin.

Help pour nos cours d’eau !

Outre les éventuelles difficultés d’approvisionnement en eau potable, ne convient-il pas aussi de nous intéresser au devenir de nos cours d’eau et de leurs écosystèmes ?

L’été 2019 s’est caractérisée par de nombreuses restrictions plus ou moins prolongées en Wallonie : pratique de la baignade, pratique du kayak, pratique de la pêche, installations hydroélectriques... La navigation fluviale n’a pas été en reste non plus : obligation de regrouper les bateaux pour le franchissement des écluses, ....

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La pratique du kayak  : un loisir bientôt révolu ? Pêche en étang ou en rivière? Cherchez l'erreur !

De tous ces « nouveaux » aléas climatiques enregistrés ces dernières années, il résulte une diminution généralisée du débit de nos cours d’eau, aisément observable in situ.

Ann-Laure Furnelle (Aer Aqua Terra) parcourt inlassablement les cours d’eau de Dyle-Gette depuis 2014, pour y extraire des tonnes et des tonnes de déchets « oubliés » dans le fond des lits.

Elle est donc particulièrement bien placée pour nous mettre en garde : « Chers amis, la Dyle n’a jamais été aussi basse. Depuis 2015, elle perd chaque année un peu de son débit. Ainsi, elle est passée d’un débit minimum (estival) de 1,5 m3 en 2015 à ... 0,9 m3 aujourd’hui ! » (infos Aqualim ) .

Ann-Laure poursuit sa mise en garde : « J’insiste sur la répétition du phénomène, d’année en année. L’eau disparaît bel et bien : je l’observe chaque jour. Le développement récent des plantes aquatiques (phénomène à étudier de plus près, svp) pourrait nous induire en erreur, car elles vont avoir tendance à retenir davantage les eaux en formant « barrage » en quelque sorte ».

Le problème, c’est qu'Ann-Laure a l’impression d’envoyer des messages dans le vide ....

Elle sollicite une prise de conscience de nos concitoyens par rapport à ce phénomène : « Plus que jamais, le gaspillage de l’eau prouve que nous restons peu intéressés à la cause. Même la Néthen, jusqu’ici protégée par la Forêt de Meerdael, montre des signes de baisse de niveau, ce qui n’était pas le cas en 2019 ! »

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Les sources de la Grande Gette en 2015. Et aujourd'hui ? Site de captage au niveau des sources de la Dyle

Quand bien même cette baisse de niveau de nos cours d’eau ne serait pas qualifiée de « généralisée » - au sens des analyses des données de débits faites par les statisticiens -, les épisodes de débits plus faibles sont de plus en plus fréquents en été. Mais, fait nouveau, ces épisodes apparaissent dorénavant déjà à partir du printemps ...

Une rivière avec moins d’eau est-elle encore une rivière ?

La première idée qui vient à l’esprit du protecteur de la rivière à propos des effets de cette évolution climatique, c’est l’impact des polluants présents dans l’eau : si des rejets polluants (collectifs ou individuels - habitations riveraines-) se déversent dans une rivière ou un ruisseau désormais à plus faible débit, cela engendre une plus grande nocivité pour la faune et la flore qu’elle héberge, avec des odeurs plus prononcées...

Avant tout, c’est près des sources qu’il convient de nous focaliser : lorsqu’on remonte vers nos « têtes de bassins » en Dyle-Gette (càd vers les premiers kilomètres de tout cours d’eau à partir de sa source avérée), nous constatons qu’une multitude de tronçons sont devenus véritablement (et désormais ?) à sec toute l’année !

De nos cours scolaires, nous avons appris que la source correspond au point de rencontre physique entre la nappe et le relief « à ciel ouvert ». Si la nappe baisse de plus en plus fréquemment, les sources se tarissent donc de plus en plus fréquemment. Plus vers l’aval, nos « pseudo ? » ruisseaux peuvent heureusement bénéficier des apports en eau ...qui de maigres sources ... qui de maigres affluents,... qui de maigres trop-pleins d’étangs.... pour retrouver un semblant de vie.

 

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Les plus petits cours d'eau souffrent davantage en période de sècheresse (ici, la Falise et le Thorembais)

De façon générale, pour les « vrais » principaux cours d’eau situés plus loin en aval, la baisse généralisée du niveau d’eau présente aussi un certain nombre d’effets néfastes : concentration accrue des polluants présents dans l’eau, risque pour la survie piscicole et toute autre vie aquatique, pompage d’eau pour satisfaire des besoins nouveaux (arrosage en agriculture et fruiticulture), réduction de la pratique du kayak, dégradation des eaux de baignade, entrave à la circulation fluviale ...
La fermeture de certains captages d’eau serait même aussi à l’ordre du jour...

Et pour la Dyle-Gette ?

Etant donné les différences d’altitude (et donc de précipitations – cfr nos cours scolaires -) entre les provinces du Brabant wallon et du Hainaut par rapport à leurs consoeurs de Namur, Liège et Luxembourg, ne conviendrait-il pas de rapprocher davantage notre situation vécue en Dyle-Gette de celle vécue par nos amis Flamands (voir cartes IRM ci-dessous) ? Par ailleurs, nous sommes encore fort concernés par l’arrivée d’eaux polluées dans nos cours d’eau, qui subissent aussi des prélèvements d’eau accrus pour les besoins de l'agriculture et de la fruiticulture. 

Carte des précipitations moyennes en Belgique

Carte des températures moyennes en Belgique

Il convient avant tout de nous concerter avec nos homologues du District de l’Escaut (Contrats de rivière Haine, Escaut-Lys, Dendre et Senne) pour suggérer à la Wallonie des mesures plus en phase avec notre situation géographique particulière, qui nous distingue notamment par rapport aux bassins versants ardennais.

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Les arbres n'ont plus vraiment les pieds dans l'eau ...

Un plan « Sécheresse » pour la Wallonie

Par rapport à la préoccupation « récente » du réchauffement climatique et de ses conséquences, l’Europe a pris plusieurs initiatives et a sollicité les Etats membres.

Une première initiative a été prise en 2010 par les producteurs d’eau wallons, afin de chercher à garantir un approvisionnement minimal en eau potable dans un futur proche: la SWDE a piloté la réalisation d’un Schéma Régional des Ressources en Eau (SRRE).

Par ailleurs, d’autres précautions ont été prises pour garantir la navigabilité des principaux axes wallons de transport par voie d’eau.

S’est posée ensuite, et plus récemment, la question de pouvoir maintenir un débit minimum écologique pour assurer la survie de l’écosystème rivière.... mais affaire encore à suivre sur ce plan.

Dans notre pays, il a en a résulté :

  • l’établissement d’un Plan National Climat... mais il tourne plutôt autour de l’adaptation au changement climatique dans sa globalité
  • un suivi attentif des épisodes de sécheresse par le Centre régional de Crise de Wallonie (Direction de la gestion hydrologique) : il réalise désormais un monitoring d’avril à octobre des différents aspects liés à la sécheresse, avec prise éventuelle de mesures en cas de crise : https://www.wallonie.be/fr/actualites/quel-est-letat-de-la-secheresse-en-wallonie
  • l’élaboration d’un dispositif « Sécheresse » a été induite au sein de l’administration régionale wallonne (SPW-ARNE) courant de l’année 2018... affaire à suivre sur ce plan (voir ci-dessous)
  • les producteurs d’eau wallons ont mis en place un « GT Sécheresse » en 2019, piloté par Aquawal. Il s’agit de formuler des recommandations pour garantir l’approvisionnement en eau potable

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Avec les grosses chaleurs, les plans d'eau et les cours d'eau connaissent le phénomène de "bloom algal", toxique pour l'écosystème

Le dispositif « Sécheresse » mis en place au sein de l’administration wallonne s’articule autour de 4 axes, qui viennent compléter les mesures déjà prises dans d’autres cadres et par d’autres opérateurs :

  • l’acquisition d’informations et de données
  • des actions préventives
  • des actions curatives
  • une sauvegarde de la faune

 

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Château d'eau à Dongelberg  Mare agricole

A l’heure actuelle, le dispositif consiste en un catalogue de 18 fiches/mesures (en cours d’adoption et non accessible en l’état).
On y trouve des mesures relatives à la limitation des prélèvements dans les eaux souterraines et les eaux de surface en période de sécheresse, à l’encadrement des agriculteurs et leurs pratiques, au débit à réserver pour les cours d’eau, à la limitation temporaire de l’hydroélectricité, à la pêche de loisir....
Actuellement, ces fiches correspondent à pas mal d’intentions, et quelques unes parmi elles sont déjà plus ou moins actées (surtout en matière d’acquisition d’informations et de données).
Comme dans toutes les matières environnementales, la plupart des mesures concrètes qui en découleront devront d’abord être traduites dans le Droit wallon avant de rentrer en application... ce qui retardera encore les choses....

Le CRDG vous tiendra au courant au fur et à mesure de l’entrée en application de chaque mesure, et plus particulièrement sur celles qui concernent plus directement le devenir de nos cours d’eau.

Infos du 7 mai 2020 du Centre régional de crise de Wallonie

Du bilan réalisé par le Centre régional de Crise de Wallonie le 7 mai sur base des informations fournies par l’ensemble des membres de la Cellule « suivi sécheresse » (administration wallonne, Aquawal et producteurs/distributeurs d’eau), il ressortait que :

- les précipitations abondantes de février et mars ont contribué à une bonne recharge des nappes
- le niveau des nappes a commencé à baisser depuis le mois d’avril (descente saisonnière habituelle)
- du fait des faibles précipitations ces dernières semaines, les débits des cours d’eau se réduisent, mais n’atteignent pas encore les « valeurs » d’étiage (d’été)
- la navigation fluviale n’est pas entravée
- la pratique du kayak est possible, moyennant les règles édictées par le Conseil National de Sécurité concernant les activités de loisirs (Covid oblige....)
- la distribution publique de l’eau se déroule normalement (certaines villes, comme Rochefort, ont cependant déjà averti la population de potentielles mesures de restrictions de l'usage de l'eau qui pourraient s'appliquer dans les semaines à venir)
- comme pour la crise sanitaire du moment, on fait appel au bon sens de la population : l'usage raisonné de l'eau reste un principe de base
- il est demandé aux producteurs/distributeurs d’eau d’envisager d’ores et déjà l’impact d’une activité touristique accrue en Wallonie pendant l’été 2020 (Covid oblige...)
- même si la situation est actuellement bonne et sous contrôle, le temps sec prévu pour les prochaines semaines pourrait la détériorer. Il convient dès lors de rester particulièrement vigilant à son évolution à la suite des précipitations et des températures du printemps
- en forêt, la vigilance reste de mise et quelques règles de prudence sont à respecter (ne pas fumer, ne pas jeter ses mégots de cigarette ni de déchets qui pourraient provoquer un effet de loupe, ne pas allumer de feu en-dehors des aires prévues)
- plus globalement, les précautions et conseils pour éviter la pénurie d'eau en tant que éco-consommateurs sont rappelés :
https://www.info-risques.be/fr/risques/risques-naturels/secheresse-penurie-deau

Clou de jauge 1 copie

Les clous de jauge sont des repères formés d'une pièce en fer indiquant la hauteur que les eaux ne peuvent dépasser au niveau de moulins, usines, barrages.... Pratique bientôt inutile ?

Conclusion : plaidoyer pour nos cours d’eau de Dyle-Gette

La tendance « réactive » qui prévaut actuellement en Wallonie est triple :

- d'une part : constituer des réserves d'eau potable via de nouvelles canalisations, de nouveaux réservoirs et de nouveaux pompages dans les nappes (c'est le rôle des producteurs d'eau, somme toute logique par les « temps » qui courent) ;
- d'autre part : utiliser davantage d'eau pour arroser les cultures et abreuver le bétail, via de nouveaux pompages dans les nappes et dans les cours d'eau (c'est le besoin des agriculteurs, somme toute logique par les « temps » qui courent)
- enfin : demander, voire imposer, aux autres consommateurs (les ménages et les industries/entreprises), de faire de nouveaux efforts en matière d'économie d'eau durant les périodes les plus « hard » de l'année (somme toute logique par les « temps » qui courent).

A l'analyse de cette stratégie, il s'avère que les deux premières « logiques » se font et se feront inévitablement au détriment de l'écosystème aquatique (atterrissement des sources, diminution des débits...), avec tous les impacts écologiques qui en « découlent » pour nos ruisseaux et rivières.

En Dyle-Gette, nos cours d'eau sont de moindres dimensions, comparé aux 13 autres sous-bassins de la Région. Ils présentent donc déjà, au départ, les plus petits débits de toute la Wallonie et une fragilité accrue.
Tenant aussi compte du fait que notre localisation en Moyenne Belgique nous prédispose à des températures annuelles parmi les plus élevées de Wallonie... et à des précipitations annuelles parmi les plus faibles de Wallonie... et à des pompages accrus dans nos nappes phréatiques (voir plus haut), ne conviendrait-il pas de considérer nos cours d'eau de Dyle-Gette « en danger » ?

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La Grande Gette à Ramillies, mai 2020

Les solutions à développer dans le futur passeront donc désormais par une analyse plus affinée de nos décideurs wallons sur l'ensemble de leur territoire.

Plus globalement, nous n'aurons pas d'autre choix que de remettre en question toutes les consommations d'eau (secteurs agricole, industriel et ménages). Ce n'est qu'au prix de ces efforts couplés/triplés que nous pourrons protéger davantage nos cours d'eau... qui, avouons-le, n'avaient pas besoin de cette nouvelle source de perturbation « climatique » pour se restaurer peu à peu et retrouver leur lustre d'antan ...

asbl Contrat de rivière Dyle-Gette - Zoning industriel, rue des Andains, 3 à 1360 Perwez - 010/62 04 30 ou 081/24 00 40 - contrat.riviere(at)crdg.be