Contrat de rivière Dyle-Gette

jeudi 21 juin 2018

Pour une agriculture qui respecte l’eau !

Le CRDG était présent lors de la manifestation organisée ce 25 septembre à Seneffe par l’asbl Nitrawal, à l’occasion de ses 15 ans d’anniversaire. L’occasion de faire le point sur les avancées obtenues en matière de pratiques agricoles favorables à la protection des ressources en eau. Un bilan globalement positif, mais l’effort doit être poursuivi, voire intensifié.  Un nouvel outil participatif prometteur s’adresse notamment aux agriculteurs : le contrat de captage.

L’eau de surface ou souterraine ne se contente pas, comme beaucoup d’entre nous, de belles intentions ou de beaux discours : elle réagit uniquement aux modifications de son environnement. Malgré les efforts consentis par tous les secteurs d’activités, c’est seulement l’amélioration généralisée et durable de sa qualité qui pourra satisfaire l’eau.

L’enquête publique actuellement en cours en Région wallonne présente l’avantage de mettre à notre disposition pas mal d’informations et de données à ce sujet. Mais le programme de mesures concrètes proposé pour les années à venir manque sans doute d’ambition.

En tout cas, la Journée du 25 septembre a permis de faire le point sur la contribution du secteur agricole dans notre quête du Saint-Graal ... à savoir l’atteinte du bon état de nos ressources en eau.

Nitrawal : un service d’aide-conseil remarquable

Nitrawal a pour objet d'accompagner les agriculteurs dans leurs démarches pour protéger les ressources en eau de la pollution par le nitrate. L’asbl étend son action à l'ensemble de la Wallonie, en accordant cependant la priorité à la ½ du territoire wallon qui est particulièrement vulnérable aux nitrates d’origine agricole (dont le bassin Dyle-Gette).

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Son Directeur, Dimitri Wouez, nous a présenté un beau bilan d’activités. Il nous a rappelé que Nitrawal offre  gratuitement aux agriculteurs des conseils techniques et un encadrement administratif personnalisés nécessaires en vue de respecter les dispositions du Programme de gestion durable de l'azote (PGDA).

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Le PGDA prévoit notamment des normes de production d'azote par catégorie d'animaux, des conditions de stockage, des périodes, conditions et normes d'épandage, des modalités de transfert des engrais de ferme ou encore des obligations relatives à l'implantation des cultures piège à nitrate. Dans la zone vulnérable, le PGDA fixe des obligations supplémentaires afin de préserver la qualité de l'eau. Le PGDA est évalué tous les 4 ans (actuellement, c’est le PGDA 3 qui est en vigueur).

Dimitri Wouez a illustré son exposé par quelques chiffres qui démontrent la plus-value considérable que Nitrawal apporte pour la protection de nos ressources en eau.

En moyenne, 1.600 visites d'exploitations sont effectuées chaque année (avec un total de plus de 18.000 visites depuis la création de Nitrawal). En 2014, elle a organisé près de 100 réunions d’information réunissant plus de 3.200 agriculteurs. De plus, 570 agriculteurs ont été conseillés pour leurs fertilisations, pour un total de 5.000 parcelles différentes. En 15 ans, ce sont ainsi plus de 90.000 hectares de terres agricoles qui ont bénéficié de tels conseils (92% de ces conseils ont d’ailleurs été respectés !). Nitrawal a aussi créé un module de calcul interactif pour que les agriculteurs puissent calculer eux-mêmes les compléments azotés minéraux nécessaires à leurs parcelles.

Enfin, de gros efforts de communication vers le grand public sont aussi menés par Nitrawal.  Cela permet notamment de répondre à la critique (par trop facile) qui consiste à reprocher aux agriculteurs leur manque d’implication par rapport à l’environnement.

Un nouvel outil d’évaluation qui semble faire ses preuves

Un nouvel outil d’évaluation des bonnes pratiques agricoles et du risque environnemental est en place depuis 2008  en Région wallonne : les contrôles APL  www.nitrawal.be/agriculteurs/controle-apl

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Tout agriculteur exploitant au moins 20 % de sa superficie en zone vulnérable est susceptible d'être contrôlé sur la teneur en nitrate dans ses parcelles. Cette teneur est calculée par des mesures d'Azote Potentiellement Lessivable (APL). L'APL correspond au reliquat de nitrate encore présent dans les sols, après récolte, en automne. Aujourd'hui, la Région wallonne procède à 3.500 APL par an, ce qui constitue un programme de contrôle unique en Europe. De plus, un suivi scientifique est effectué chaque année par Nitrawal sur plus de 40 exploitations et près de 300 parcelles, lesquelles servent de référence pour ce programme APL.

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Les résultats des contrôles APL menés entre 2008 et 2013 révèlent une tendance à une diminution moyenne de 5 unités d'azote à l'hectare (dont une diminution de près de 40 unités d'azote à l'hectare pour les cultures de betterave). On sait que le délai de réactivité est malheureusement fort long pour les nappes d'eau les plus profondes, vis-à-vis de toute mesure positive prise en surface. Par conséquent, les contrôles APL pourraient constituer un excellent outil d'évaluation intermédiaire (car situés entre les contrôles sur exploitations et les contrôles sur les eaux elles-mêmes), indicateur d'une bonne gestion de l'azote en zone vulnérable.

Evolution des pratiques agricoles ces 15 dernières années

Eddy Pussemier, agriculteur bien connu à Ophain-Bois-Seigneur-Isaac, a dressé pour nous un constat particulièrement flatteur pour ce qui est de l'évolution récente de la participation du secteur agricole. Les pratiques évoluent dans la bonne direction : les exploitations négligentes sont devenues des exceptions. Avant 2001, le Code de bonnes pratiques agricoles s'appliquait seulement sur base volontaire. Aujourd'hui, le PGDA est devenu obligatoire sur tout le territoire wallon, étant même renforcé en zone vulnérable.

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A titre d'exemples, Eddy Pussemier nous a présenté les chiffres suivants :

  • sur les 9.000 exploitations agricoles wallonnes, 85% respectent aujourd'hui les conditions d'obtention pour une attestation « ACISEE » (= conformité pour leurs infrastructures de stockage des effluents d'élevage) ;
  • les exploitations qui ne disposent pas de superficies en suffisance pour épandre les fertilisants organiques sans risque pour l'environnement sont passées de 16% en 2003 à 3 % en 2014
  • on comptabilise aujourd'hui 5.000 contrats de transferts d'engrais de ferme par an, destinés à rééquilibrer les excédents et les manques entre les exploitations
  • les apports d'engrais azotés ont diminué de 17% (azote total) entre 1995 et 2012 (193 kg d'azote par hectare de surface agricole utile en 2012)
  • 5.000 parcelles ont été analysées en 2015 en vue de conseils de fertilisation, contre 500 parcelles en 2000
  • on dénombre plus de 90% de couvertures de sols hivernales en 2015, contre 10% en 2000
  • ...

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Eddy Pussemier a conclu en soulignant que les agriculteurs se sont adaptés plus facilement lorsqu’ils ont agi sur base volontaire que lorsque de nouvelles bases législatives leur ont été imposées.  C’est pour cette raison qu’il pressent que les petites exploitations vont continuer à devoir abandonner leurs activités et que les grosses exploitations deviendront de moins en moins contrôlables. Il plaide aussi pour la conservation de l’assolement triennal, qui constitue une certaine garantie de protection des ressources en eau, par rapport, par exemple, à de la monoculture de maïs. Il se réjouit que cette dernière ait d’ailleurs pratiquement disparu. Bien entendu, il reste encore quelques « braconniers » de l’agriculture. Il plaide pour un effort équilibré à faire dans chaque secteur d’activités, même si les agriculteurs sont confrontés à des difficultés inhérentes à leur secteur (aléas climatiques ne permettant pas toujours d’appliquer les règles en vigueur, stagnation du prix du lait mais doublement du prix de l’eau en 10 ans ...).

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Avec quels résultats sur la qualité des eaux ?

En introduction de son exposé, Augustin Smoos nous a expliqué que la densité du réseau d’analyses destinées à mesurer les concentrations des eaux souterraines en nitrate est particulièrement élevée en Belgique : 100 points de mesures par 1.000km2,  par rapport à  une moyenne de 8 points de mesures pour toute l’Europe.

En Wallonie, les flux d’azote d’origine agricole vers les eaux de surface et souterraines ont diminué de ± 20 % entre 1990 et 2010.  Cette tendance favorable résulte notamment de la mise en application et du suivi des mesures du Programme de gestion durable de l’azote en agriculture (PGDA), de l’évolution des aléas météorologiques et de la réduction des apports d’engrais azotés constatée ces 15 dernières années (- 16 % pour l’azote total, - 10 % pour l’azote organique, - 20 % pour l’azote minéral).  Cette réduction des apports d’engrais azotés s’explique par la hausse des prix des engrais agricoles  mais également par l’application d’une fertilisation plus raisonnée par le secteur agricole et par la réduction du nombre d’animaux d’élevage (- 10 % du nombre d’unité de gros bétail entre 1995 et 2010). Cette diminution des flux ne se traduit cependant pas encore de manière significative, par une diminution de la concentration en nitrates dans les eaux.

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Source : SPW

En Wallonie, tous les sites de contrôle en eaux de surface présentaient en 2014 une eau qualifiée de bonne à moyenne, au vu des normes fixées pour le nitrate.  Les concentrations en nitrate dans les eaux de surface sont par ailleurs globalement stables depuis 1994 avec toutefois une légère tendance à l’amélioration.  En effet, entre 2006 et 2010, les concentrations moyennes annuelles en nitrate ont diminué pour plus ou moins 2/3 des sites.  Cette tendance à l’amélioration s’explique notamment par l’augmentation du taux d’équipement en stations d’épuration (qui atteignait 90% en 2014).   Elle résulte aussi d’une réduction des flux d’azote agricole qui rejoignent les cours d’eau (-26% entre 1996 et 2013) et de la diminution des rejets azotés d’origine industrielle (-17% entre 1998 et 2011).

En ce qui concerne les eaux souterraines, la situation est plus préoccupante.  Entre 2008 et 2011, 7% des sites de contrôle répartis sur tout le territoire wallon présentaient une teneur moyenne en nitrate supérieure à la norme de 50 mg/l.  30% des masses d’eau souterraines (20% du territoire wallon) sont ainsi impactées par le nitrate et sont classées comme étant en mauvais état chimique.  Les concentrations en nitrate dans les eaux souterraines sont par ailleurs globalement stables depuis une dizaine d’année avec une légère tendance à l’amélioration.  Une étude statistique réalisée en 2014 révèle que 75% des sites où la concentration en nitrate dépassait la norme de 50 mg/l en 2013 présentent dorénavant une évolution favorable.

Gestionnaire d’un réseau de contrôle de la qualité des eaux le plus développé d’Europe, la Wallonie dispose d’une image précise des sites les plus sensibles à la problématique nitrate.  En complément de la poursuite de l’application et du suivi des mesures du PGDA sur tout le territoire wallon, une approche plus ciblée en matière d’encadrement et de contrôle sur ces sites permettra de consolider l’engagement wallon en faveur de la qualité de nos ressources en eau.  En matière d’encadrement, la mise en œuvre des contrats de captage devrait contribuer significativement à la concrétisation de  cette approche.

Des démarches participatives pour protéger les captages

Depuis l'automne 2010, Nitrawal mène des actions spécifiques sur une quinzaine de captages en Wallonie, notamment à Mont-Saint-Guibert, Vieux-Genappe et Houtain-le-Val. Ces captages sont considérés comme « problématiques » du fait notamment de leur teneur élevée en nitrate, très proche de la norme de potabilité des 50 mg/l édictée par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé).

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Vu la vocation agricole des bassins d'alimentation de ces captages, les pratiques des agriculteurs contribuent très largement à cette situation. En effet, les engrais, organiques et minéraux, épandus ne sont pas toujours totalement utilisés par les cultures. C'est ainsi qu'un excédent de nitrate peut alors se retrouver dans le sol, puis être lessivé par les pluies et percoler dans le sol, pour enfin rejoindre la nappe phréatique et en dégrader sa qualité.

Au travers des « contrats de captage » encadrés par Nitrawal, des agriculteurs participent de manière volontaire à une action complémentaire de protection de la qualité de l'eau, soutenus aussi par les sociétés de production d'eau exploitant ces captages (SWDE, IECBW, Vivaqua...).

Les principaux moyens d’encadrement mis en œuvre sur le terrain sont :

  • Conseiller les agriculteurs du captage pour l’application optimale du PGDA ;
    Réaliser des analyses de sol et d’eau pour suivre l’évolution de l’action ;
    Effectuer des réunions d’information et de débriefing des campagnes de mesures pour fournir un feed-back critique et didactique aux agriculteurs sur leurs pratiques ;
    Mettre en contact les agriculteurs et les producteurs d’eau

Rassembler les différents agriculteurs autour d’une préoccupation commune et concrète permet à chacun d’apprendre via les expériences de ses voisins. L’apport bénéfique des mesures du PGDA pour la préservation de l’eau peut alors être mis en évidence et optimalisé.

Nitrawal et les opérateurs de l’eau qui sont intervenus ce 25 septembre en sont convaincus : les contrats de captage constituent une garantie de pouvoir obtenir, à plus ou moins brève échéance, de bons résultats sur le plan de la qualité de l’eau, car les agriculteurs sont impliqués à l’échelle locale (petits bassins versants) et y appliquent correctement les mesures du PGDA grâce à un encadrement technique ciblé.

Le CRDG avait déjà fait la promotion des premiers contrats de captage initiés par l’asbl PhytEauWal pour la réduction des contaminations par les pesticides (voir Lettre d’info du CRDG n° 8 ).

Une visite de terrain très instructive

Sébastien Ronkart, nous a présenté le site de captage d’eau que la SWDE exploite à Arquennes (Commune de Seneffe). Il nous a d’ailleurs proposé d’aller le visiter l’après-midi.

Le leitmotiv de tous les producteurs d’eau est de pouvoir distribuer une eau qui respecte la législation en matière de normes de potabilité (ex : 50 mg/l de nitrate, 10 μg/l de plomb, 200 μg/l pour le fer, 500 ng/l pour l’ensemble des pesticides...). Pour cela, il est encore trop souvent nécessaire de recourir à des installations de traitement physico-chimique (dilution avec des captages « sains », recours au charbon actif ou à la résine échangeuse d’ions...), avant de distribuer l’eau au consommateur. Comparativement au coût d’une chloration (destinée à prévenir tout risque de contamination de l’eau par des micro-organismes), ces coûts de traitement supplémentaire pour le nitrate et les pesticides sont 6 fois plus élevés (pour le charbon actif), voire 8 fois plus élevés (pour la résine échangeuse d’ions).

Exploité depuis les années 30 par la SWDE, le captage d’Arquennes s’est avéré contaminé par le nitrate début des années 90. Les coûts trop élevés pour adapter le traitement de potabilisation ont entrainé l’abandon progressif de l’exploitation de ce captage et son arrêt total en 2002.

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Fin 2004, une action pilote a été mise en place à Arquennes. Financé par la Société publique de gestion de l’eau (SPGE), ce projet a vu s’associer certains agriculteurs de la région et la SWDE afin d’améliorer la qualité de l’eau du captage. D’autre part, Nitrawal a offert un encadrement des agriculteurs concernés. Le suivi scientifique de la qualité des eaux a été effectué par l’ULg-Gembloux-Agro-Bio Tech.

Ce projet pilote n’a pas été choisi au hasard : il s’agit d’un bassin versant entièrement agricole, qui ne concerne que 7 agriculteurs et dans lequel la nappe aquifère est très superficielle (ce qui a permis de mesurer rapidement la réactivité de la nappe vis-à-vis des actions réalisées en surface).

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Le projet a pris fin en 2010 mais le suivi de la qualité de l’eau continue à être opéré aujourd’hui, avec comme résultats une tendance à la baisse de la teneur en nitrate dans les eaux. Aujourd’hui, 3 des 4 prises d’eau de ce captage ont une teneur en nitrate qui est redescendue sous le seuil de potabilité. Si l’évolution de la qualité des eaux captées à Arquennes devait se confirmer, la SWDE pourrait étudier l’opportunité d’exploiter à nouveau ces eaux, en fonction des coûts pour réhabiliter la station de traitement et à condition que la tendance à l’amélioration de la qualité des eaux se confirme.

Sébastien Ronkart conclut toutefois que plusieurs captages de la SWDE actuellement en service présentent une teneur en nitrate supérieure à (ou très proche) de 50 mg/litre d’eau. Par ailleurs, il demande que puissent être confirmés sur d’autres sites les résultats encourageants obtenus à Arquennes.

Pour en savoir plus :

www.nitrawal.be
www.agreau.be
Pour accéder aux différentes présentations de la Journée du 25 septembre
Opération CIPAN (Cultures pièges à nitrate)

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Sauf mention contraire, les photos, schémas, graphiques,... ont été fournis par Nitrawal

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