Contrat de rivière Dyle-Gette

dimanche 22 avril 2018
Réseau de mesure de la qualité de l’eau en Dyle-Gette  - bilan de 10 années d’analyses (2001 - 2011)

Dès 1999, le Contrat de rivière Dyle-Gette a mis sur pied un réseau de mesure de la qualité des eaux, interne au sous-bassin considéré. La spécificité de ce réseau est son grand nombre de stations d’échantillonnage réparties sur la totalité des principaux cours d’eau du bassin. Trois indices de qualité sont mesurés : l’indice de pollution organique (IPO, 3 collectes sur l’année), l’indice de polluo-sensibilité (IPS, 1 collecte sur l’année) et l’indice biologique global normalisé (IBGN, 1 collecte sur l’année).

Cet article est une synthèse d’un autre article disponible en cliquant sur ce lien

* L'indice IPO est calculé en intégrant quatre paramètres chimiques différents liés à la pollution organique : la demande biochimique en oxygène (mesure sur 5 jours), la concentration en ions ammonium, nitrites et phosphates. Cette analyse chimique quantifie les polluants à un moment donné. Cet indice est donc révélateur à condition de ne pas s'en tenir à des analyses trop ponctuelles dans le temps, c’est pourquoi 3 prélèvements sont effectués par an et par station. Il varie de 1 à 5 (5 correspondant à la qualité la meilleure).
En marge de ces 4 paramètres cités plus haut, sont également consignés le pH, la conductivité, la température de l’eau, la concentration en oxygène, la demande chimique en oxygène, l’azote total (Kjeldahl) et la concentration en ions nitrates.

IPO
Laboratoire d'analyses agricoles - Centre provincial de l'agriculture et de la ruralité (CPAR - Province du Brabant wallon)

* L’indice IPS se détermine à partir de prélèvements de diatomées (algues microscopiques), prélevés sur les pierres (ou autres supports)  trouvées dans le cours d’eau. Afin d’identifier les espèces collectées, les échantillons subissent un examen approfondi en laboratoire. Ces algues sont en fait des bio-indicateurs, c’est-à-dire qu’elles réagissent au degré de pollution de l’eau,  chaque espèce aura sa propre sensibilité. Cette méthode va donc permettre d’estimer le niveau de pollution organique de l’eau et son eutrophisation (azote et phosphore) par les rejets domestiques et les activités agricoles. Les populations d’algues intègrent les variations du milieu et les épisodes de pollution tout au long de l’année, c’est pourquoi un seul échantillonnage est effectué par an et par station. Il varie de 1 à 20 (20 correspondant à la qualité la meilleure).

IPS
Robert Iserentant, retraité, Université catholique de Louvain

* L’indice IBGN est basé sur le relevé des macro-invertébrés aquatiques présents dans un tronçon de rivière donnée (larves d’insectes, mollusques, vers, …). Chaque micro-habitat de la rivière est échantillonné et le tout est ensuite identifié en laboratoire. Comme précédemment, on collecte ici des organismes bio-indicateurs qui présentent une sensibilité propre à la pollution de l’eau. Cette méthode va donc permettre de diagnostiquer le degré de pollution de l’eau. Elle va en outre permettre d’intégrer la notion de diversité et de qualité des habitats naturels présents dans le cours d’eau (berge, substrat, végétation, …). Comme pour l’indice IPS, les communautés d’invertébrés aquatiques intègrent les perturbations du milieu tout au long de l’année, c’est pourquoi un seul échantillonnage suffit par an et par station. Il varie de 1 à 20 (20 correspondant à la qualité la meilleure).

IBGN
Guy Houvenaghel, retraité, Université libre de Bruxelles

Une première couverture complète du bassin Dyle-Gette a eu lieu entre 2001 et 2005 (188 stations d’échantillonnage réparties sur 92 cours d’eau différents). Une deuxième couverture a eu lieu entre 2006 et 2011 (160 stations d’échantillonnage réparties sur 72 cours d’eau différents).

L’objectif premier de ce réseau était d’obtenir une image précise de la qualité des cours d’eau sur l’ensemble du bassin. C'est chaose faite aujourd'huit. Il a permis de comparer l’état des cours d’eau entre eux, en mettant en évidence les situations les plus critiques et les plus favorables. Des sources de pollution «cachées» ont aussi pu être décelées et des actions ont parfois pu être entreprises afin de corriger le problème (mise aux normes de fosses de stockage d’effluents d’élevage, dysfonctionnements, …).

Quatre partenaires collaborent (ou ont collaboré) à ce réseau : le Centre provincial de l’agriculture et de la ruralité (Province du Brabant wallon) et l’Intercommunale du Brabant wallon pour la physico-chimie, l’Université catholique de Louvain pour les diatomées et l’Université libre de Bruxelles pour les macro-invertébrés.

La situation en Dyle …

Etat des lieux

Globalement, les informations issues des analyses physico-chimiques (IPO) sont comparables avec celles issues des analyses diatomiques (IPS), avec cependant un saut de classe de qualité vers le haut en IPS, sauf pour les situations les plus défavorables. Les informations issues des analyses macro-invertébrés (IBGN) sont moins nuancées et tirent la qualité moyenne des eaux du bassin vers le bas.

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La Dyle présente une qualité moyenne tout au long de son parcours (IPO), à l’exception des tronçons situés entre Genappe et Court-St-Etienne et entre Wavre et Grez-Doiceau, qui présentent tous deux une qualité médiocre. Ce constat est à mettre en parallèle avec les infrastructures d’assainissement mises en place : la vallée amont est assainie grâce aux stations d’épuration de Houtain-le-Val et de Genappe. Dans sa partie centrale, c’est la station d’épuration de la vallée de la Dyle à Basse-Wavre qui traite notamment les eaux usées des agglomérations de Court-St-Etienne, Ottignies et Wavre.

   Comme dit précédemment, la qualité de la Dyle sur tout son cours gagne une classe de qualité avec l’indice IPS. Quoiqu’il en soit, les données brutes des deux méthodes semblent toutes deux indiquer que la qualité de la Dyle se dégrade de l’amont vers l’aval.

   De la même façon, les principaux affluents (et sous-affluents) de la Dyle sont globalement de qualité moyenne avec l’IPO et de bonne qualité avec l’IPS : l’Orne, la Houssière, la Cala, la Lasne et le Train.

Les autres cours d’eau du bassin présentent quant à eux une qualité qui varie au long de leur parcours, en fonction de l’alternance entre les traversées d’agglomérations (rejets d’eaux usées) et les parcours en milieux non urbanisés (phénomène d’auto-épuration).

   A ce niveau, l’utilisation de ces deux méthodes permet de faire ressortir des petits cours d’eau forestiers présentant une qualité “remarquable” en comparaison avec le reste du réseau hydrographique. Il s’agit notamment des ruisseaux des Ballaux et du Manil (à Wavre), du Blanc-Ry (à Ottignies-LLN), des Rys Saint-Bernard et Saint-Jean-Baptiste (à Villers-la-Ville), des Rys Pirot, Sainte-Gertrude, de Beaurieux et Glorie (à Court-St-Etienne), du Ry del Wasté (à Genappe) ou encore du ruisseau Fontaine del Grimande, du Ru Milhoux, des Rys des Ployes et d’Heuchaux (à Lasne). La partie amont du Smohain (à Lasne) peut aussi être inclue. D’autres ruisseaux non révélés par l’IPO obtiennent aussi une très bonne qualité au regard des indices diatomiques : la Houssière dans sa partie amont (à Chastre), le Ry des Papeteries et le Ri Nélo (à Chaumont-Gistoux), le Ry de Beausart (à Grez-Doiceau) et la Mazerine en amont de sa partie voûtée.

   Les résultats des deux méthodes permettent également de faire ressortir les cours d’eau de plus piètre qualité. Il s’agit principalement de la Thyle dans sa partie amont, du Gentissart (+ Abranrou/Tobais et Pêcherée) à Villers-la-Ville, de la Falise à Genappe, du Nil (et Lérinnes) à Walhain, du Ri de Corbais à Mont-St-Guibert et Walhain, du Pisselet (et Louvrange) à Grez-Doiceau et Chaumont-Gistoux, de la Néthen à Beauvechain, du Ry de Hèze à Grez-Doiceau, de l’Argentine dans sa partie située tout en amont à La Hulpe, ou encore de la Mazerine en aval de sa partie voûtée à La Hulpe.

Pour en revenir à l’indice IBGN, l’ensemble des cours d’eau du bassin de la Dyle apparaissent plutôt de qualité mauvaise à médiocre (91% des stations échantillonnées entre 2006 et 2009). Les quelques variations de qualité sont plus le reflet des variations de conditions stationnelles lors de l’échantillonnage.  Ainsi, outre le niveau différencié de pollution déjà révélé par les indices IPO et IPS, l’IBGN démontre, selon nous, que les cours d’eau du bassin de la Dyle (et encore plus en Gette, cf ci-après) ne présentent pas suffisamment d’habitats diversifiés pour accueillir une population diversifiée d’invertébrés aquatiques. Le développement du reste de la chaîne alimentaire et de la vie aquatique en général s’en trouve par conséquent plus limité. Afin de compenser cette pénurie d’habitats, un gros effort doit être entrepris pour réhabiliter nos cours d’eau sur le plan physique (hydromorphologique) : recréer des berges plus naturelles, diversifier le lit des cours d’eau, enrayer le colmatage des substrats naturels par les sédiments fins, favoriser le développement d’une végétation aquatique, …  etc.

Auparavant, il est bien sûr nécessaire de mettre fin au problème des arrivées d’eaux usées dans les cours d’eau (stations d’épuration, égouttage et raccordement des habitations à l’égout … tout le monde est concerné !).

Evolution

Pour la majorité des cours d’eau du bassin de la Dyle, on ne mesure pas d’évolution significative de qualité, entre deux campagnes d’échantillonnage effectuées à 6 années d’intervalle par le Contrat de rivière. Les tendances sont contrastées, voire opposées, selon les cours d’eau et les situations ; à l’échelle globale du bassin, les résultats semblent montrer une dégradation. Toutefois, l’interprétation est difficile, car les variations sont peu prononcées, voire non significatives, et car le facteur climatique (variation des débits des cours d’eau d’une campagne à l’autre) a pu interférer sur les résultats. Notamment le faible nombre de répétitions effectuées pour le calcul de l’IPO fait que nos résultats sont peu robustes pour en tirer des conclusions certaines.


Ponctuellement, les analyses du CRDG amènent quand même à quelques conclusions positives :

Pour la partie amont de la vallée de la Dyle (depuis sa source à Houtain-le-Mont jusque l’entrée de Bousval), on constate une tendance à l’amélioration via l’indice IPO entre 2001 et 2006. Cette amélioration est visible tout au long des agglomérations dont les eaux usées sont dorénavant traitées à la station d’épuration IBW de Genappe, mise en service en 2001. L’arrêt du fonctionnement des installations de la sucrerie de Genappe contribue aussi fortement à l’amélioration de la qualité des eaux locales. En aval de Bousval, les différences s’estompent car les égouts de la localité se déversent toujours dans le cours d’eau (travaux actuellement en cours).

Pour la vallée du Train (entre Gistoux et Archennes), on constate aussi une tendance à l’amélioration entre 2002 et 2007 au travers des résultats de l’indice IPS. Cette amélioration est visible tout au long des agglomérations dont les eaux usées sont traitées à la station IBW de Grez-Doiceau, mise en service en 2006.


Des données sont également disponibles sur une plus longue durée pour certains cours d’eau du bassin, grâce au réseau de surveillance de la Région wallonne. La fréquence des analyses physico-chimie est ici nettement plus élevée ; les résultats seront donc plus robustes et les conclusions fiables sur le plan statistique.

Pour l’ensemble la vallée de la Dyle, les analyses effectuées par la Région wallonne illustrent l’amélioration globale de la qualité des eaux de la Dyle (indice IPO), entre 1996 et 2007. En outre, ces analyses confirment la dégradation amont-aval déjà mise en évidence avec le réseau de mesure du CRDG (cf graphique).
Graphique IPO Dyle

 

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