Contrat de rivière Dyle-Gette

mardi 20 février 2018

En collaboration avec le Département d’étude du milieu naturel et agricole (DEMNA-SPW) et sous l’égide de l’Unité de Biologie du Comportement de la Faculté des Sciences de l'ULg (Gilles Rimbaud), 6 nouvelles pêches électriques** ont eu lieu cet automne sur le bassin Dyle-Gette. Parmi celles-ci, 3 sites ont été sélectionnés par la Région wallonne dans le cadre du suivi de son réseau de mesures (Dyle et Orne à Court-Saint-Etienne et Lasne à Rosières), tandis que 3 autres ont été retenus à la demande du Contrat de rivière pour compléter la carte de répartition piscicole du bassin (Smohain à Ohain, Lasne à Genval et Dyle à Bierges).

Tableau 1 : résultat des pêches électriques effectuées dans le bassin Dyle-Gette en 2010

Cours d’eau

Village

Anguille

Barbeau

Brème

Brochet

Carassin

Carpe

Chabot

Chevesne

Epinoche

Epino-
chette

Gardon

Smohain

Ohain

0

0

0

0

0

0

0

0

221

0

0

Lasne

Genval

34

0

3

0

0

0

0

11

43

1

390

Lasne

Rosières

6

1

4

2

4

4

0

0

126

26

0

Dyle

Court-Saint-Etienne

2

0

4

0

0

1

11

0

102

0

64

Dyle

Bierges

0

0

0

0

1

1

6

0

111

0

0

Orne

Court-Saint-Etienne

0

0

0

0

0

0

1762

0

4

0

5

Cours d’eau

Village

Gibèle

Goujon

Loche franche

Ide mélanote

Perche

Pseudora-
sbora

Rotengle

Tanche

Truite arc-en-ciel

Truite fario

Vandoise

Smohain

Ohain

0

0

49

0

0

0

0

0

0

9

0

Lasne

Genval

7

462

174

0

9

37

32

2

4

0

2

Lasne

Rosières

0

118

43

0

0

389

0

0

0

0

0

Dyle

Court-Saint-Etienne

1

44

114

34

13

3

0

0

0

0

0

Dyle

Bierges

0

72

134

0

1

0

0

0

0

0

0

Orne

Court-Saint-Etienne

0

4

125

2

0

0

0

0

1

0

0

Bierges2 Genval
Pêche électrique sur la Dyle à Bierges Pêche électrique sur la Lasne à Genval

Cours d’eau

Village

Nombre total

Nombre d’espèce

Smohain (12/07/10)

Ohain

279

3

Lasne (14/09/10)

Genval

1211

15

Lasne (30/09/10)

Rosières

723

11

Dyle (28/09/10)

Court-Saint-Etienne

393

12

Dyle (05/10/10)

Bierges

326

7

Orne (23/09/10)

Court-Saint-Etienne

1903

7

Au total en 2010

4835

22

Orne Rosieres
Pêche électrique sur l'Orne à Court-St-Etienne Pêche électrique sur la Lasne à Rosières


Les résultats de ces différentes pêches (voir tableau 1), bien qu’assez contrastés en termes de biomasse totale et de nombre d’espèces, ont réservé de belles surprises. De manière générale, ces bons résultats sont à mettre en relation avec une amélioration de la qualité des eaux, au moins ponctuellement.

 

En effet, bien qu’issues d’un rempoissonnement effectué par le Service de la pêche (SPW), certaines truitelles fario (photo ci-contre) retrouvées dans le Smohain mesuraient jusque 23 cm de long. Elles sont donc parvenues à se maintenir et à grandir localement, preuve que la qualité du cours d’eau répond à leurs exigences. Or, quand on connaît leur niveau d’exigences, il y a de quoi être satisfait !

Truitelle

Dans la Lasne également cette amélioration est notable : alors qu’entre 2000 et 2004, un maximum de 18 espèces avait été recensé sur tout le bassin de la Dyle, les deux recensements effectués cette année sur la Lasne ont révélé respectivement 15 et 11 espèces !! Parmi celles-ci, 7 n’avaient alors pas encore été prélevées en cours d’eau dans le bassin de la Dyle : anguille, brochet, chevesne, épinochette, vandoise, barbeau et gibèle. Les effectifs se sont bien accrus pour 3 autres espèces : brème, rotengle et goujon asiatique.
L’apparition de ces « nouvelles » espèces pourraient être le reflet d’une amélioration certes de la qualité de l’eau mais également des potentialités d’accueil exhibées par ce cours d’eau. Cette hypothèse reste bien sûr à confirmer avec de nouvelles pêches électriques à réaliser dans les années à venir afin de voir si cette tendance se maintient ou pas.

 

Le cas du goujon asiatique (Pseudorasbora parva, photo ci-contre) est toutefois plus problématique car il s’agit là d’une espèce dite invasive. Originaire d’Asie, ce poisson  a été accidentellement introduit en Europe au début des années 1960. De nos jours, il est présent dans une grande partie du réseau hydrographique européen et notamment belge depuis 1998 (depuis 2000 dans la Dyle).

Pseudorasbora
A l’instar de nombreuses espèces invasives, ce poisson est porteur-sain d’un agent infectieux très virulent à l’égard des populations piscicoles indigènes (Sphaerothecum destruens). Il s’agit en outre d’un grand consommateur de zooplancton (crustacés) induisant une féroce compétition alimentaire vis-à-vis de certaines espèces indigènes aux exigences proches, comme le goujon par exemple.
Gibele

 

De même, la gibèle (Carassius gibelio, photo ci-contre), originaire d’Asie et de l’Europe de l’Est, est une autre espèce invasive que l’on voit arriver dans le bassin d’un mauvais œil. Les craintes autour de cette espèce ont notamment trait à sa possible hybridation avec d’autres espèces du Genre Carassius ou même avec la carpe commune. Elle représente alors une menace génétique très réelle !

 
Ces deux espèces figurent donc très justement sur la liste noire des espèces invasives en Belgique. L’augmentation de leurs effectifs et de leur répartition dans le bassin Dyle-Gette, même si elle reste encore limitée d’après les résultats de nos inventaires (Lasne, Dyle, Petite et Grande Gette, Henri-Fontaine), est donc très préoccupante. Il est absolument nécessaire de prendre en considération leur présence et leur éradication dans les futurs plans de gestion piscicole !!

Concernant l’Orne et la Dyle, des constats similaires peuvent être faits, à savoir une augmentation globale de la diversité piscicole à chacun de ces points par rapport aux années précédentes.

 

De « nouvelles » espèces sont recensées (ide mélanote, anguille, gibèle) et d’autres tendent à augmenter leurs effectifs de manière intéressante, notamment le chabot (photo ci-contre). Le goujon asiatique est malheureusement présent lui-aussi dans la Dyle ; toutefois, noté dans cette rivière dès l’année 2000, ses effectifs ne semblent pas avoir « explosé » comme c’est le cas actuellement dans la Lasne.

Chabots
 
Tous ces résultats (22 espèces et près de 5000 individus capturés) sont donc très encourageants pour la suite, confirmant par là que les conditions de vie piscicole en Dyle-Gette semblent en nette amélioration. Gageons qu’ils seront notamment très utiles en vue de la réalisation des futurs plans de gestion piscicole par masse d’eau tels qu’édictés par la Directive-cadre européenne sur l’eau.
D’un point de vue pratique, pour expliquer ces améliorations, c’est tout un ensemble de facteurs qui sont à souligner : poursuite de l’assainissement des eaux, meilleure prise en compte du rôle écologique des cours d’eau dans leurs aménagements et les travaux de construction à proximité, responsabilisation croissante des riverains, améliorations du biotope (?), … etc.

Il est toutefois important de tempérer ces observations. Si une amélioration notable de la qualité des cours d’eau est effectivement constatée, celle-ci ne se traduit qu’à travers la survie d’espèces exigeantes. Il faut bien garder à l’esprit que l’importante biomasse échantillonnée et la plupart des nouvelles espèces recensées ont très probablement une origine anthropique. Les anguilles proviennent de rempoissonnements effectués côté flamand (G. Rimbaud, com. pers.). Qu’en est-il des rotengles, brèmes ou chevesnes ? Les sociétés de pêche contactées indiquent qu’aucun rempoissonnement au blanc n’a eu lieu récemment. Les  ides mélanotes, comme les gibèles ou les goujons asiatiques, sont très probablement régulièrement utilisés lors de pêches au vif, et de là des échappées peuvent très facilement avoir lieu (JC Philippart 2005). La présence sporadique de carnassiers (brochets, perches) s’expliquent par les nombreux étangs en lien avec le réseau hydrographique. A contrario, leur absence de manière régulière dans les cours d’eau traduit plutôt un déséquilibre au niveau des populations piscicoles locales. En effet, si la cohorte d’espèces-proies locales (macro-invertébrés, crustacés, goujons, gardons, brèmes, ablettes, …) n’est pas suffisamment bien structurée, ces carnassiers ne pourront survivre (JC Philippart, com. pers.).

Le Contrat de rivière se démène à différents niveaux pour tenter d’améliorer la situation des cours d’eau dans un contexte très agricole et urbain. Les choses évoluent lentement, mais dans le bon sens … Bien sûr il reste encore beaucoup à faire, de nouvelles pistes à envisager. Trop d’obstacles au déplacement des poissons, par exemple, sont encore présents dans nos rivières, parfois sans aucune utilité ! Ces obstacles freinent, voire empêchent la bonne dispersion des espèces et la colonisation de nouveaux milieux. La résolution de l’ensemble de ces problèmes n’est bien évidemment pas simple, il faut de la patience et de la concertation entre les différents acteurs impliqués.
Mais c’est sur la bonne voie …

 

Pour en savoir plus sur l'état des populations piscicoles en Dyle-Gette
Impossible de trouver le téléchargement. ID=244
 
L'émission "Au quotidien" de la RTBF sur le sujet


* Considérée comme la seule méthode fiable, la technique de la pêche électrique permet de faire un diagnostic complet de la faune piscicole d’un cours d’eau. On plonge tout simplement deux électrodes de charges opposées dans le tronçon à prospecter. Les poissons se trouvant dans le champ électrique, environ 1m autour de l’anode, nagent alors « automatiquement » vers cette dernière. Là, ils peuvent être attrapés à l’aide d’une épuisette. Après examen attentif des prises, les individus sont remis à l’eau. Le protocole complet implique d’effectuer 2 passages sur une longueur comprise entre 160 et 200 mètres.

** Une 7ème pêche électrique, commandée par le SPW, réalisée par les Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, a eu lieu en 2010 sur la Dyle juste à la sortie du bassin Dyle-Gette (Pécrot/Sint-Agatha-Rode). Toutefois les résultats ne nous sont pas encore parvenus.

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