Contrat de rivière Dyle-Gette

lundi 22 octobre 2018

Nouveautés sur la pêche et la gestion piscicole

Ca bouge dans le monde de la pêche en Région wallonne ! Un nouveau Décret sera d'application à partir du 1er janvier 2016. Il s'agit de réviser la loi actuelle sur la pêche qui date .... du 1er juillet 1954 ! C'est vrai que beaucoup de choses ont évolué par rapport à la vision « traditionnelle » qui a longtemps prévalu dans ce secteur. Nous avons donc décidé de consacrer le feuilleton 2015 de notre Lettre d'info du CRDG à ce thème, en y intégrant les nouvelles approches et mesures «pêche» ou «poissons» au travers de 4 épisodes. Ce 1er épisode est consacré au nouveau Décret « pêche » et à l'état des populations de poissons en Dyle-Gette.

Vers une gestion plus durable et intégrée des poissons en Wallonie

Le 27 mars 2014, le Parlement wallon a adopté à l'unanimité le nouveau décret wallon relatif à la pêche fluviale, à la gestion piscicole et aux structures halieutiques (Moniteur Belge du 4 juin 2014). Certains y ont vu une évolution logique, d'autres une véritable révolution. Peu importe. Il s'agit en tout cas d'un texte attendu et de la réforme d'un secteur dont la législation n'avait plus guère évolué depuis soixante ans. En effet, ce texte réforme fondamentalement la loi du 1er juillet 1954 sur la pêche fluviale. Cette loi, encore d'application jusqu'au 1er janvier 2016, était axée sur une simple limitation des prélèvements de poissons et d'écrevisses par la pêche et était isolée de la gestion des cours d'eau.

A l'opposé, le nouveau décret a l'ambition de mettre en place une véritable gestion piscicole et halieutique, plus durable et intégrée à la gestion des cours d'eau, où l'on confronte la demande de pêche à l'état de la ressource et du milieu aquatique à travers des « plans de gestion piscicole et halieutique » (PGPH) réalisés à l'échelle des 15 sous-bassins hydrographiques wallons (Escaut-Lys, Dendre, Haine, Senne et Dyle-Gettes pour le bassin de l'Escaut ; Ourthe, Lesse, Semois-Chiers, Amblève, Vesdre, Meuse amont, Meuse aval et Sambre pour le bassin de la Meuse ; Oise pour le bassin de la Seine ; Moselle pour le bassin du Rhin).

L'objectif global des PGPH (et surtout de leur réalisation !) est d'optimiser la relation entre les pêcheurs, les poissons et leur milieu, et contribuer ainsi à une gestion durable, intégrée et participative des milieux aquatiques et des ressources piscicoles.

Si l'idée des plans de gestion piscicole n'est pas neuve, le nouveau décret apporte une base légale qui institue ces plans, définit leur contenu et leur mode d'élaboration, permet la définition de leur méthodologie d'élaboration...

Mais en quoi consisteront donc ces plans de gestion piscicole et halieutique (PGPH) de sous-bassin ? Quelle sera leur durée ? Comment et par qui seront-ils réalisés ? Comment vont-ils s'articuler avec les plans de gestion et autres programmes d'actions liés à la gestion de l'eau et des cours d'eau ? C'est à ces questions que nous tenterons de répondre dans la suite de cet article.

Contenu des PGPH

Comme tous les plans de gestion, les PGPH de sous-bassin hydrographique wallon contiendront une partie « Diagnostic » suivie par la fixation d'une orientation de gestion et d' « Objectifs » et enfin d'un « Programme d'actions » sensé améliorer la situation initiale. Plus précisément, le PGPH de sous-bassin contiendra :

  1. la détermination et la localisation des différents « contextes piscicoles » présents au sein du sous-bassin hydrographique ;
  2. un diagnostic général de l'état de fonctionnalité des contextes piscicoles du sous-bassin du point de vue de leur qualité biologique, physico-chimique, chimique et hydromorphologique ;
  3. un diagnostic piscicole portant sur l'état des populations piscicoles et l'état de fonctionnalité des différents contextes piscicoles du point de vue de la vie des poissons ;
  4. un diagnostic halieutique portant notamment sur l'adéquation entre l'offre et la demande de pêche à l'échelle du sous-bassin ou éventuellement du contexte piscicole ;
  5. une évaluation globale des différents contextes piscicoles basée sur les diagnostics précités, en vue de mettre en évidence les perturbations observées et leur origine ;
  6. l’orientation de gestion piscicole proposée ;
  7. un programme d’actions, par contexte piscicole ou par parcours, sur la base notamment des éléments du diagnostic, des perturbations identifiées et de l’orientation de gestion piscicole retenue.
  8. la liste des mesures réglementaires particulières à adopter en matière de pêche et de prélèvement des ressources piscicoles ainsi que les limitations préconisées en matière d’empoissonnement.

Portée des PGPH

Les PGPH, une fois adoptés par le Gouvernement wallon après enquête publique (voir infra), s’imposeront à tout pêcheur, membre ou non d’une fédération ou d’une société de pêche, dans le sous-bassin concerné.

Une méthodologie en cours d’élaboration

La méthodologie d’élaboration des PGPH est actuellement en cours d’élaboration et doit encore faire l’objet d’une décision et d’un arrêté du Gouvernement wallon en vertu de l’article 27 du nouveau décret. Certaines pistes et principes ont d’ores et déjà été proposés par l’Administration wallonne (Service de la Pêche du Département de la Nature et des Forêts et Cellule d’Hydrobiologie du Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole, Service Public de Wallonie). Nous les résumons ci-dessous en insistant sur leur caractère provisoire.

Contexte piscicole et espèce repère

Par «contexte piscicole», il faut entendre «l’aire de répartition géographique dans laquelle une population de l’espèce de poisson la plus représentative du milieu naturel non anthropisé et la plus sensible à la qualité du milieu – l’espèce «repère» - peut réaliser l’ensemble de son cycle de vie». Le « contexte piscicole » est l’unité de gestion piscicole dans laquelle une population piscicole homogène de l’espèce repère peut fonctionner de manière autonome. La délimitation est fondée sur l’écologie et la biologie des espèces, et non sur l’hydraulique, ni sur les limites administratives, ni encore sur les zones d’influence des sociétés de pêche ou des gestionnaires des cours d’eau ; c’est l’aire de répartition d’une population (Nihouarn, 1999). L’unité de gestion est donc basée sur une unité de population en conditions non anthropisées. En Région wallonne, il a été rapporté que les contextes piscicoles correspondent généralement aux « masses d’eau de surface » (ci-après dénommées « masses d’eau ») définies dans le Code de l’Eau. Plusieurs contextes peuvent aussi s’imbriquer au sein d’une même masse d’eau de surface.

contexte salmonicole degrade
contexte salmonicole dégrade

L’espèce repère est une espèce «parapluie» dont les besoins écologiques incluent ceux d’un assemblage d’espèces caractéristiques du milieu (Huet, 1949; Verneaux, 1977). Dès lors, la gestion piscicole est abordée selon le principe de sécurité maximale : si l’espère «repère» peut accomplir normalement son cycle vital, il en va de même pour l’ensemble des espèces associées. L’espèce repère est généralement la truite commune en domaine salmonicole («contexte salmonicole») et le brochet en domaine cyprinicole («contexte ésocico-cyprinicole»). Lorsque les deux espèces peuvent être associées dans un même contexte, on parlera de «contexte intermédiaire». L’ombre commun ou le barbeau fluviatile est choisi comme espèce repère du contexte intermédiaire.

L’état du contexte piscicole est évalué à partir de la possibilité de l’espèce « repère » de réaliser son cycle vital. Une population piscicole fonctionne bien à moyen terme si, dans son domaine d’évolution, elle trouve facilement une qualité physico-chimique et hydromorphologique de l’eau suffisante et les habitats spécifiques correspondant à chaque stade de son développement. Pour assurer le bon fonctionnement à long terme d’une population piscicole, il y a aussi lieu de rencontrer certaines exigences génétiques et chimiques (respect des normes NQEs…). La qualité d’un milieu se mesure donc à sa capacité à satisfaire aux exigences écologiques (et génétiques) des espèces auxquelles ses caractéristiques physiques le prédestinent.

contexte salmonicole conforme
contexte salmonicole conforme

Par exemple, pour les salmonidés, cette satisfaction concerne d’abord une qualité physico-chimique satisfaisante de l’eau, ces espèces étant fort sensibles à un déficit en oxygène dissous (< 5 mg/litre) et/ou à un excès en ammoniac ou en nitrites. Elle concerne ensuite l’accès, la disponibilité et la qualité des sites de ponte, d’autant que leur assez faible fécondité (nombre d’œufs pondus par femelle) - comparativement à d’autres espèces comme celles de la famille des cyprinidés - impose un bon rendement à l’émergence. Ensuite intervient, du moins chez la truite commune, la capacité du milieu à répondre au comportement territorial des alevins. La principale régulation qu’exerce le milieu sur la population concerne en effet la quantité de juvéniles produite par les secteurs de frayères et de nurseries pendant la première année, et qui fournira le contingent migrant au printemps suivant vers les zones de grossissement situées plus en aval du contexte. Enfin, la survie à long terme de la population est conditionnée par certaines exigences génétiques au sein de la population telles qu’une diversité génétique suffisante, un sex-ratio équilibré, un nombre efficace Ne suffisant, l’absence de consanguinité ou d’hybridation avec des congénères issus de piscicultures (introgression).

Epinoches 4 Epinochette Goujon asiatique 2

Epinoches

Epinochette

Goujon asiatique

Etat de fonctionnalité des contextes piscicoles

Le milieu aquatique est abordé en fonction de ses capacités à assurer le bon fonctionnement et la pérennité des populations de poissons à tous les niveaux de leurs exigences vitales : reproduction, éclosion et croissance. Si le milieu permet la bonne réalisation de toutes les fonctions vitales de l'espèce repère, sa fonctionnalité envers elle est dite « conforme » (« contexte conforme »). Si la satisfaction d'une fonction vitale par le milieu est compromise, sa fonctionnalité envers elle est dite « perturbée » (« contexte perturbé »). Dans ce contexte, la population naturelle est toujours en place, mais ses effectifs affaiblis n'occupent plus qu'une partie de la capacité d'accueil du cours d'eau. Enfin, si le milieu rend impossible l'accomplissement d'une fonction vitale, sa fonctionnalité envers elle est dite « dégradée » (« contexte dégradé »), la population naturelle ayant disparu ou étant extrêmement affaiblie. Sans apport extérieur et/ou restauration du milieu, l'espèce repère disparaît. La qualité du milieu doit être définie par la fonction la plus déclassante selon le principe du facteur limitant.
Par analogie avec la détermination de l'état de fonctionnalité des contextes piscicoles par rapport à la vie des poissons, le diagnostic halieutique qualifie le sous-bassin, le bassin versant, voire le contexte, de « conforme », de « perturbé » ou de « dégradé » en fonction de l'état de fonctionnalité (accès à l'information, accessibilité et praticabilité des lieux de pêche, fréquentation des lieux de pêche et satisfaction des pêcheurs) du bassin versant (du contexte) du point de vue de l'activité et du développement du loisir pêche.

definition gestion piscicole
definition gestion piscicole

Durée et périodicité des PGPH

Les PGPH devraient être réalisés tous les 5 ou 6 ans de manière à s'intégrer dans les Programmes d'Actions sur les Rivières par une Approche Intégrée et sectorisée (PARIS), les plans de gestion de l'eau et leurs programmes de révision prévu par la Directive Cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'Eau (DCE) 2000/60/CE (2015, 2021, 2027...).

Diagnostic

La phase de diagnostic piscicole et halieutique du sous-bassin est sans doute la partie la plus complexe à réaliser. A cet égard, il importe de rappeler que le PGPH est un plan sectoriel qui doit s'intégrer dans un plan unique de gestion intégrée de l'eau au niveau du sous-bassin hydrographique. Il est donc indispensable que la méthodologie utilisée en vue de ce diagnostic en tienne compte et intègre en premier lieu les éléments du diagnostic global tels que définis au niveau de la Région wallonne. En corollaire, il est évident que le diagnostic piscicole devra être complété par des informations plus pointues vu le caractère sectoriel du plan et compte tenu également de la dimension parfois très locale des contextes piscicoles, voire des parcours de pêche.

Dans un premier temps, l'utilisation des données et des outils existants au niveau de la Région wallonne permet d'apporter un diagnostic général des masses d'eau déjà très complet à l'échelle des masses d'eau et donc à l'échelle des contextes piscicoles.

Après la prise en compte des données disponibles au niveau régional, le diagnostic piscicole et halieutique doit nécessairement aborder l'état détaillé des populations piscicoles, en particulier pour ce qui concerne l'espèce ou les espèces repères, ainsi que l'état des autres composantes majeures, à savoir : les pêcheurs et la pratique de la pêche, les habitats piscicoles et les pressions anthropiques qui s'exercent sur le milieu piscicole.

echelles geographiques des plan de gestion piscicole et halieutique PGPH et de parcours PGPP
echelles geographiques des plan de gestion piscicole et halieutique PGPH et de parcours PGPP

Diagnostic piscicole

Un inventaire des espèces piscicoles (et écrevisses) en présence est réalisé, généralement par la technique de la pêche à l'électricité, au moins à l'échelle du contexte. Les espèces inventoriées sont considérées en fonction de leur de statut de conservation (UICN, Natura 2000...), de leur signification écologique (niveau trophique, régime alimentaire, type de reproduction, préférences courantologiques...), de leur statut halieutique (pêche interdite ou non, importance pour la pêche), etc. Dans les zones Natura 2000, une attention particulière devra être portée à la conservation des espèces inscrites à l'annexe II de la Directive Faune-Flore-Habitats 92/43 (saumon atlantique, chabot, lamproie de Planer, lamproie de rivière, bouvière...) et au fonctionnement écologique des milieux aquatiques concernés pour restaurer ou préserver les populations piscicoles protégées.
Sans entrer dans les détails, l'état de fonctionnalité des contextes pour garantir la vie de l'espèce repère serait évalué du point de vue des fonctionnalités/critères suivants :
• Critère 1 – Survivre (S)
• Critère 2 – Se reproduire (R)
• Critère 3 – Éclore (jusqu'à la nage libre) (E)
• Critère 3 – Grandir (G)

Oeufs
Chabots

Ponte de chabot

Chabots


Selon que chacune de ces 4 fonctionnalités sera jugée « normale » (de 60 à 100% de la capacité théorique), « compromise » (de 10 à 60% de la capacité théorique) ou « impossible » (moins de 10% de la capacité théorique), chaque contexte sera qualifié de « conforme », « perturbé » ou « dégradé » sur la base de la fonctionnalité la plus déclassante (principe de la DCE). Pour une question de facilité, les critères 2 et 3 pourront être fusionnés et donc considérés dans leur ensemble. Enfin, pour la truite, ce diagnostic piscicole pourra être affiné par l'évaluation de la « qualité génétique » de la population du contexte.

Diagnostic halieutique

La gestion piscicole étant, par définition, l'optimisation de la relation entre les pêcheurs et les poissons dans leur milieu, il est apparu opportun d'établir, en parallèle au diagnostic piscicole, un diagnostic plus qualitatif de l'état de santé du loisir « pêche ». En effet, la gestion halieutique doit être en cohérence avec la gestion piscicole mise en œuvre dans chaque sous-bassin et chaque contexte piscicole. Plus sommaire que son homologue piscicole, le diagnostic halieutique examinera l'adéquation de « l'offre de pêche » (propriétés, droits de pêche...) à « la demande de pêche » (nombre de pêcheurs, espèces de poisson, quantité, qualité...) en fonction des aptitudes et contraintes du milieu (effort de pêche soutenable) et des impératifs de conservation de la nature (Natura 2000, biodiversité, etc.) à l'échelle du sous-bassin hydrographique et, éventuellement aussi à l'échelle du contexte piscicole.

Brièvement, l'état de fonctionnalité des contextes du point de vue de la pêche récréative serait évalué sur la base des critères suivants à partir d'une grille d'évaluation :
• Critère 1 – Linéaires de pêche accessibles au public (L)
• Critère 2 - Informations sur la pêche (I)
• Critère 3 – Accessibilité et praticabilité des linéaires accessibles au public (A)
• Critère 4 - Concordance entre l'offre, la demande et les aptitudes du milieu (ODM)
Dans l'évaluation, on attribuera une cote sur 100 à chaque élément et ensuite, chaque élément sera pondéré en fonction de son importance relative. Finalement, chaque contexte sera qualifié, pour son « aptitude halieutique », de « conforme (C) » (CH >70%), « perturbé (P) » (CH = 40 à 70 %) ou « dégradé (D) » (CH < 40 %) en fonction de sa cote halieutique (CH, %), par analogie avec la nomenclature utilisée pour le diagnostic piscicole.

Orientation de gestion piscicole

La définition des objectifs de la gestion piscicole et halieutique relève à la fois de l'état actuel du contexte piscicole et de la nature de la demande de la part des pêcheurs.

La gestion patrimoniale des milieux et de la ressource piscicole s'appuie exclusivement sur la production naturelle de milieu et vise à valoriser l'aptitude du milieu à produire naturellement du poisson, notamment pour la pêche. Ce type de gestion s'impose dans les contextes dits « conformes ».

La gestion patrimoniale est possible dans des contextes perturbés dans lesquels ont été programmées des actions susceptibles de rétablir la conformité du milieu dans le délai de mise en œuvre du PGPH et autres plans de gestion de l'eau.

La gestion patrimoniale est différée dans les autres cas, notamment là où aucune évolution favorable ne peut être espérée dans le délai de réalisation du plan et les pratiques des pêcheurs comme l'empoissonnement peuvent se poursuivre car étant la source de faibles perturbations par rapport aux autres sources. Elle peut également être différée lorsque des actions sont proposées et qu'avant que les efforts consentis ne portent leurs fruits, les pêcheurs poursuivent temporairement leurs pratiques courantes.

En fonction de la qualité écologique observée dans les 15 différents sous-bassins hydrographiques définis en Région wallonne, on peut s'attendre à voir privilégiée la gestion patrimoniale dans les sous-bassins où la proportion de masses d'eaux fortement modifiées ou de masses d'eau à risque de non-atteinte du bon état écologique est faible ; c'est notamment le cas des sous-bassins de l'Ourthe, de la Lesse, de la Semois-Chiers et de l'Amblève. En revanche, dans les sous-bassins de la Dyle-Gette, de l'Escaut-Lys, de la Dendre, de la Senne, de la Sambre et de la Haine, l'état du contexte piscicole est souvent actuellement défavorable à l'adoption d'une gestion patrimoniale des ressources piscicoles, même si des actions utiles peuvent être menées localement pour améliorer la situation existante.

Programme d'actions

A ce stade, on propose un programme des actions nécessaires par contexte piscicole, sur la base des éléments diagnostics, des perturbations constatées, de l'orientation de gestion piscicole, de leur rapport coût/efficacité, des priorités du gestionnaire, etc.

Ces mesures peuvent être classées en trois catégories :

  • Des mesures d'amélioration de l'habitat (travaux) ;
  • Des interventions directes sur les populations de poissons ;
  • Des mesures relatives à la pêche (prélèvements, ...) et aux pêcheurs.

Le Tableau 1 propose quelques mesures envisageables (liste non exhaustive) dans le cadre de la mise en œuvre des PGPH en relation avec les fonctionnalités du contexte pour l'espèce repère.

Ces mesures doivent être telles qu'elles répondent aux perturbations les plus pénalisantes pour le bon fonctionnement du contexte piscicole, de manière suffisante et efficace (seuil d'efficacité technique à respecter), cohérente (modules d'actions cohérentes, intégration dans les autres programmes d'actions d'autres plans wallons, nationaux et internationaux), économique (choix des mesures notamment sur la base de leur rapport coût/efficacité), réaliste (faisabilité) et en cherchant à minimiser le rapport coût/efficacité du programme d'actions dans son ensemble. C'est pourquoi, à côté de la liste des actions élémentaires, on doit trouver dans ce projet de programme une estimation du coût des actions, leur efficacité prévisionnelle, le niveau de complémentarité avec les autres mesures et les contraintes administratives, techniques ou juridiques qui y sont associées. Enfin, les aménagements doivent naturellement se faire avec les précautions nécessaires à toute intervention en rivière : analyse décisionnelle préalable, méthodes douces, respect des périodes de frai et des habitats existants...

Les actions devront être conformes à la législation en place et parfaitement intégrées dans les autres politiques régionales, notamment NATURA 2000 et ses arrêtés de désignation, la DCE et ses mesures générales de gestion de l'eau, la Directive Inondations et le plan P.L.U.I.E.S. de la Région wallonne, les directives et règlement Aquaculture, la réglementation relative aux espèces exotiques, etc.
Par ailleurs, les actions de travaux sur le milieu devront faire l'objet d'une concertation avec les autres usagers des cours d'eau réunis au sein du Contrat de Rivière et recevoir l'accord du gestionnaire du cours d'eau concerné.

Enquête publique et approbation du PGPH

Avant leur validation par le Gouvernement wallon, les projets de PGPH devront être soumis à une enquête publique organisée selon les modalités fixées par le Livre Ier du Code de l’Environnement (Titre III, partie III).

Les PGPH devraient constituer un volet des PARIS et des plans de gestion de l’eau. Dès lors, ils devront être approuvés par toutes les Autorités chargées d’approuver les plans de gestion de l’eau. En particulier, chaque action sélectionnée au PGPH devra être autorisée par les Autorités administratives compétentes en fonction de sa nature (Travaux aux cours d’eau - gestionnaire du cours d’eau, DNF… ; repeuplements – Service de la Pêche ; mesures réglementaires relatives à la pêche – Gouvernement wallon, société de pêche ; etc.).

Résultats attendus des PGPH

L'amélioration de la situation piscicole de l'espèce repère sera déterminée dans le contexte par des inventaires par pêche électrique, les inventaires réalisés dans le cadre de la phase diagnostic du PGPH servant d'état initial. La situation observée en fin d'exécution du plan sera comparée aux prévisions.

En ce qui concerne l'amélioration des habitats, un indicateur de résultat sera, par exemple, l'évolution de la capacité d'accueil et de recrutement en juvéniles du milieu pour l'espèce repère, la diminution du taux d'étagement des cours d'eau, l'augmentation du linéaire de nouvelles frayères rendu accessible, de l'évolution de la surface favorable à la reproduction, de l'évolution du pourcentage de fonctionnalité des frayères existantes, etc. Ces critères devront être affinés et spécifiques en fonction de l'espèce repère considérée.

Des indicateurs d'effets liés à la pêche seront développés ultérieurement en concertation avec le milieu associatif de la pêche en Wallonie.

Concrètement, les résultats attendus des PGPH sont notamment :

  • L'amélioration de l'état de fonctionnalité de certains cours d'eau du point de vue de la vie des poissons grâce à des actions spécifiques d'amélioration des habitats aquatiques (installations de passes à poissons, de frayères, de gravières, décolmatage de frayères dégradées, ...) là où l'habitat est le premier facteur limitant de la productivité naturelle (reproduction, recrutement des juvéniles, ...) ;
  • L'amélioration corrélative de l'état des populations de toutes les autres espèces de poissons à travers l'espèce repère ;
  • L'implication, par l'action et la responsabilisation, des pêcheurs à travers le développement et la mise en œuvre d'un plan de gestion piscicole et halieutique de parcours, déclinaison locale et simplifiée du PGPH ;
  • L'optimisation de la relation entre production naturelle, empoissonnement et prélèvements par la pêche en fonction de la qualité du milieu aquatique au sens large (qualité de l'eau et qualité des habitats), notamment en cherchant à minimiser systématiquement les impacts potentiellement négatifs de certains types de pêche, prélèvements ou empoissonnements ;
  • Une meilleure répartition dans l'espace et dans le temps de l'effort global de pêche en Wallonie ;
  • La sensibilisation des pêcheurs aux relations qui existent entre les poissons, le milieu aquatique et leurs actions potentiellement négatives (certains prélèvements, empoissonnements au-delà de la capacité d'accueil du milieu, introgression des populations sauvages par des souches domestiques, déchets...) ou positives (surveillance des cours d'eau, amélioration des habitats, empoissonnements de restauration ou de soutien, ...) ;
  • Une meilleure utilisation de « l'espace cours d'eau » par les pêcheurs de manière à renforcer leur rôle de surveillance de ceux-ci (pollutions...), à améliorer la cohabitation avec les autres usagers, à minimiser le dérangement à la faune, etc.
  • ...

Conclusions

L'adoption en 2014 par le Parlement wallon du nouveau décret relatif à la pêche, à la gestion piscicole et aux structures halieutiques augure une nouvelle ère dans ce domaine avec l'élaboration et la mise en œuvre des PGPH dans les quinze sous-bassins hydrographiques wallons. Cette adoption représente un fameux défi pour les pêcheurs et table sur leur capacité à contribuer à l'amélioration de la qualité écologique de nos cours d'eau wallon, en particulier l'état de nos populations de poissons et de la pêche en général, en concertation avec d'autres acteurs des cours d'eau. Qui vivet videbit ! L'avenir nous dira si ce pari est réussi.

Références

Huet, M., 1949. Aperçu des relations entre la pente et les populations piscicoles des eaux courantes. Revue Suisse d'Hydrologie, 11(3/4), 332-351.
Nihouarn, A., 1999. Le plan départemental pour la protection du milieu aquatique et la gestion des ressources piscicoles (PDPG). Groupe de travail P°DPG, Octobre 1999, 20 p.
Verneaux, J., 1977. Fondements biologiques et écologiques de l'étude de la qualité des eaux continentales – Principales méthodes biologiques, pp. 299-345. In : Pesson, P., 1980. La Pollution des eaux continentales : incidences sur les biocénoses aquatiques. Gauthier-Villars, 2ème édition.

Par Dr Xavier Rollin / Attaché, responsable du Service de la Pêche, DNF – DGO3 – SPW, 15 Avenue Prince de Liège, 5100 Jambes Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Tableau 1. Mesures envisageables dans le cadre de la mise en œuvre des plans de gestion piscicole et halieutique en relation avec les fonctionnalités du milieu pour l’espèce repère.

Catégories de mesures

Types de mesures

Fonctionnalité

S

 

R

 

E

 

G

 

Ø  Mesures sur les habitats

Ø  Accessibilité aux frayères et libre circulation des poissons

Ø  Restauration et amélioration des frayères

ü  Décolmatage des frayères

ü  Entretien de prairies immergées

ü  Introduction de végétation autochtone

ü  Recharge granulométrique

Ø  Actions sur la ripisylve

ü  Restauration de la ripisylve

ü  Mise en lumière, entretien

Ø  Protections contre certains piscivores envahissants

ü  Aménagement d’abris en sous-berges

ü  Caches

Ø  Aménagements hydrauliques

ü  Déflecteurs

ü  Diversification du fond

ü  Seuils d’oxygénation

Ø  Réserves de pêche

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Ø  Mesures sur les poissons

Ø  Empoissonnements de restauration ou de soutien

Ø  Contrôle de l’intégrité sanitaire et génétique des populations piscicoles sauvages

Ø  Contrôle des poissons exotiques envahissants

ü  Contrôle de la prédation par les espèces piscivores envahissantes

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Ø   

 

 

 

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Ø  Mesures sur la pêche et les pêcheurs

Ø  Empoissonnements directs (au-dessus de la CAT)

Ø  Parcours, permis, cartes de pêche…

ü  Informations, Accessibilité, Praticabilité

Ø   Éducation, sensibilisation des pêcheurs

Ø  Contrôle des prélèvements par la pêche :

ü  Tailles minimales ou fenêtre de prélèvement

ü  Limitation du nombre de prises

ü  Périodes d’ouverture et de fermeture

ü  Contrôle du nombre de pêcheurs

ü  Réglementation de la pêche (modes, engins, etc.)

 

 

 

 

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Ø   

Ø   


Le bassin Dyle –Gette et l'indicateur poissons de la DCE

La qualité piscicole des eaux du bassin « Dyle-Gette » est appréhendée en Wallonie sur les sites du réseau de surveillance mis en œuvre pour la Directive-cadre sur l'Eau. Les prélèvements sont réalisés grâce à des pêches à l'électricité sur des secteurs de minimum 100 mètres de long. L'opération se réalise en deux passages successifs, ce qui permet d'apprécier l'efficacité de capture des différentes espèces (les individus capturés lors du premier passage étant retenus captifs jusqu'à la fin de l'opération). Tous les poissons capturés sont mesurés et pesés individuellement avant d'être relâchés, ce qui permet notamment d'obtenir des chiffres relativement fiables sur la dynamique des populations (et en particulier la répartition entre les différentes classes d'âges). Les échantillons analysés permettent aussi d'apprécier la qualité des eaux en utilisant une méthode normée et quantifiée : l'Indice Biotique d'Intégrité Piscicole utilisé (cotes de 1 à 30 pour les 5 classes de qualité de la Directive-Cadre sur l'Eau). Celui-ci donne a priori des résultats peu engageants si l'on s'en réfère au tableau ci-dessous.

Masses d’eau DCE

Classe de qualité  IBIP

DG01R - Orne

Bon

DG02R - Dyle II

Mauvais

DG05R - Train

Bon

DG09R - Grande Gette II

Mauvais

DG03R - Lasne

Mauvais

Carte Nb ind Carte Nb sp

L’amélioration physico-chimique des eaux du bassin déjà perceptible en certains endroits pour certains indicateurs se fait moins ressentir en ce qui concerne les poissons ; ceux-ci sont généralement placés à des échelons plus élevés de la pyramide alimentaire et, par là même, sensibles plus longtemps aux modifications de l’écosystème. Il faut aussi souligner que  pour l’indice IBIP utilisé en Wallonie, l’absence du chabot se fait lourdement sentir dans les cotes obtenues. Or, cette espèce semble naturellement moins présente dans les tronçons de cours d’eau à substrat limoneux et l’indice IBIP s’en ressent d’autant. Sur l’Orne et le Train les pêches pratiquées ont montré par contre la présence de belles populations reproductives de chabots.

Néanmoins, si l’on examine ces mêmes résultats sous l’angle de la diversité spécifique, on constate dans le bassin de la Dyle la présence d’espèces intéressantes pour le bassin de l’Escaut comme l’anguille européenne (Dyle, Grande Gette, Lasne), le barbeau (Lasne, rare point du bassin), la truite fario (Grande Gette) voire l’épinochette (Lasne) … aux côtés d’espèces plus communes comme  la perche fluviatile (Dyle et Train), la brème (Lasne), le brochet (Lasne, Grande Gette). L’épinoche à 3 épines, la loche franche  et la truite arc-en-ciel sont présents sur la presque totalité des secteurs de pêches concernés e Dyle-Gette, tout comme le goujon.

Anguille Truite fario EVerreghen epinoche
Anguille
Truite fario (E.Verhegghen)
Epinoche

Dans le cadre du programme de surveillance pour la DCE des cours d’eau comme la Thyle et l’Argentine seront investiguées en 2015 et devraient selon toute vraisemblance révéler des communautés piscicoles intéressantes.

L’épuration des eaux et les restaurations hydromorphologiques programmées dans le cadre des plans de gestion de la Directive-cadre sur l’eau devraient se faire sentir au cours des années à venir. Des mesures visant à supprimer les obstacles à la libre circulation du poisson ont notamment été programmées ainsi que la création de zones humides en liaison avec le cours d’eau. Ces restaurations devraient à terme permettre une meilleure recolonisation des eaux par les espèces piscicoles et également des possibilités de frayères intéressantes.

Par Christine Keulen, pour le SPW-DEMNA-DNE (cellule hydrobiologie).

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