Contrat de rivière Dyle-Gette

lundi 18 juin 2018

La prévention commence dans nos jardins…

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Depuis plusieurs années, les Contrats de rivière luttent contre certaines plantes invasives bien établies le long de nos cours d’eau. Renouée du Japon, berce du Caucase, balsamine de l’Himalaya, ces espèces sont aujourd’hui devenues tristement célèbres. Mais il faut savoir qu’il y a bien d’autres plantes invasives en Belgique. Fait moins connu, la plupart sont des plantes ornementales utilisées dans nos jardins…
Gembloux Agro-Bio Tech pilote un projet LIFE (projet AlterIAS) qui vise à informer le secteur horticole face à cette problématique. L’objectif final du projet est de réduire les risques d’introduction de ces espèces dans les parcs, les jardins, les espaces verts, les bords de voiries et de cours d'eau, qui constituent les points de départ de beaucoup d’invasions dans les milieux naturels. Cette série d’articles propose de faire le point sur la question et sur l’importance de la prévention en horticulture ornementale.

Les plantes invasives … de quoi s’agit-il exactement ?

Certaines plantes exotiques introduites dans nos régions se dispersent dans la nature et prolifèrent de manière incontrôlable, avec pour conséquences une diminution de la diversité biologique, une dégradation des écosystèmes, des pertes économiques et, parfois même, un impact sur la santé publique. Ce sont les plantes invasives. Elles sont présentes partout : dans les villes, les forêts, les prairies, au bord des étangs, sur les berges des cours d’eau, et, nous allons le voir, même dans nos jardins.

Balsamine de l’Himalaya le long d’un cours d’eau Balsamine de l’Himalaya dans un jardin
Balsamine de l’Himalaya le long d’un cours d’eau (photo : S. Vanderhoeven) Balsamine de l’Himalaya dans un jardin (photo : J. Guyon)

La problématique est importante, puisqu’elle fait partie d’une discipline scientifique à part entière appelée « biologie des invasions », qui étudie précisément les espèces invasives. Les scientifiques ont d’ailleurs défini ces espèces  selon des critères précis. Une espèce invasive est un organisme qui:

  • a été introduit par l’homme en dehors de son aire de distribution naturelle (c’est une espèce dite « exotique ») ;
  • a été introduit après 1500 ;
  • est capable de se naturaliser, c’est-à-dire capable de survivre et de se reproduire dans la nature ;
  • présente de grandes capacités de dispersion conduisant à une expansion importante de ses populations.

Il est important de préciser que toutes les espèces exotiques ne deviennent pas invasives, mais seulement une faible proportion. En effet, la plupart des plantes exotiques ne posent absolument aucun problème. Malheureusement, une petite proportion d’entre-elles s’adapte très bien à nos conditions environnementales et s’étendent au détriment de notre flore et de notre faune.

Pourquoi ?  Si les mécanismes sont encore mal compris, plusieurs théories ont été avancées. Une de ces théories postule que certaines plantes exotiques deviennent invasives car elles ont été introduites dans nos contrées sans leur cortège de prédateurs naturels (pathogènes, herbivores). En l’absence de ces prédateurs, elles peuvent pousser plus facilement, plus rapidement et se reproduire en plus grand nombre. Une autre hypothèse soutient que face à une diminution des ennemis naturels, les plantes allouent plus de ressources à la croissance qu’à la défense. L’espèce invasive peut alors devenir plus compétitive. De plus, certaines plantes invasives (comme par exemple les renouées asiatiques (Fallopia japonica, F. sachalinensis et F. x bohemica), le faux-vernis du Japon (Ailanthus altissima) et les solidages Nord-américains (Solidago canadensis et S. gigantea)) libèrent des substances toxiques dans le sol qui empêchent la croissance des autres végétaux. De tels avantages conduisent à un développement excessif de ces espèces, qui finissent par dominer dans les écosystèmes.

Les plantes invasives colonisent des milieux variés, terrestres ou aquatiques.
Spiree-blanche Myriophylle
Forêt envahie par la  spirée blanche (Spiraea alba) à Habay (Province du Luxembourg) (photo:E. Branquart) Etang privé entièrement recouvert par le myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum) à Grand-Leez (Province de Namur) (photo : E. Delbart)

En quoi les plantes invasives posent-elles problème ?

Les plantes invasives sont une menace sérieuse pour la biodiversité de nos régions. Une fois installées dans la nature, nous l’avons dit, elles dominent la végétation en formant des tapis denses et continus. Elles prennent la place des autres espèces. Leur développement peut ainsi conduire à une diminution de la biodiversité, attestée par de nombreuses études.

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Graphique illustrant la perte de diversité végétale engendrée par trois plantes invasives (solidage glabre, renouée du Japon, berce du Caucase), en comparant la végétation dans des milieux envahis et non envahis. On peut voir que la diversité végétale chute dans les sites envahis. Source: Vanderhoeven S., Dassonville N., Meerts P. (2005). Increased topsoil mineral nutrient concentrations under exotic invasive plants in Belgium. Plant and Soil 275: 169-179.

Les plantes invasives peuvent également dégrader les écosystèmes, par exemple en modifiant les propriétés physico-chimiques du sol. Les plantes invasives peuvent altérer la qualité de l’humus et le recyclage des éléments minéraux dans les couches superficielles du sol, qui est un élément essentiel au bon fonctionnement des écosystèmes.

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Graphique illustrant les teneurs en certains éléments minéraux dans la litière du sol sous le couvert de différentes plantes invasives. Etude basée sur 5 plantes invasives (renouée du Japon, berce du Caucase, cerisier tardif, solidage glabre, rosier rugueux) dans 8 sites différents. Les barres supérieures à 1 indiquent des teneurs plus élevées dans les milieux envahis. Paramètres mesurés: pH H2O et pH KCl = pH du sol ; Ca = calcium ; Cu = cuivre ; K = potassium ; Mg = magnésium ; Mn= manganèse ; P = phosphore ; Zn = zinc ; CEC = capacité d’échange cationique ; O = matière organique ; MN = contenu en azote ; C/N = rapport carbone/azote. Source: Vanderhoeven S., Dassonville N., Meerts P. (2005). Increased topsoil mineral nutrient concentrations under exotic invasive plants in Belgium. Plant and Soil 275: 169-179.

La prolifération de ces plantes engendre également des pertes économiques considérables. Il est très difficile de freiner leur développement. Les moyens à mettre en œuvre sont extrêmement coûteux. En Flandre, par exemple, les coûts de gestion d’une seule plante aquatique invasive, l’hydrocotyle fausse-renoncule (Hydrocotyle ranunculoides), ont été évalués à 1.5 millions d’euros sur 3 ans. La Belgique n’est pas seule touchée par le problème. Partout en Europe, les plantes invasives coûtent cher aux gestionnaires de terrain.

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Coûts liés à la gestion des plantes invasives dans quelques pays voisins de la Belgique.

La liste noire, la liste de surveillance et la liste d’alerte

En Belgique, les plantes invasives ont été répertoriées dans un système d’information, Harmonia, développé par les scientifiques regroupés dans le Forum Belge sur les Espèces Invasives. Les espèces exotiques sont évaluées sur base d’une méthodologie prenant quatre critères en considération : 1) le potentiel de dispersion, 2) la colonisation des habitats naturels et 3) les impacts écologiques négatifs sur les espèces indigènes et 4) sur les écosystèmes. Une cote est attribuée selon ces quatre critères. Le degré d’invasion en Belgique est également pris en compte.

 

Les espèces sont ensuite classées en trois catégories (figure 4) : pas d’impact négatif (liste blanche), impact négatif modéré ou supposé (liste de surveillance ou liste grise) et impact négatif élevé et confirmé (liste noire). Le système inclus également une liste d’alerte regroupant des espèces à risque qui sont problématiques dans les pays voisins mais qui ne sont pas encore présentes sur le territoire belge.
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Diagramme illustrant le système de classification des espèces exotiques dans le système d’information Harmonia. Source: Branquart E., (2007). Guidelines for environmental impact assessment and list classification of non-native organisms in Belgium.

La liste de plantes invasives compte actuellement une soixantaine d’espèces, terrestres et aquatiques. Des informations complémentaires sur ces espèces sont disponibles sur le site du projet AlterIAS. Comme l’indique le protocole d’évaluation, toutes ces plantes n’ont pas le même impact environnemental. Certaines plantes sont largement répandues et invasives dans de nombreux milieux, d’autres sont problématiques de manière localisée et uniquement dans des milieux bien particuliers. En voici quelques exemples :

Cotoneaster Le cotoneaster horizontal (Cotoneaster horizontalis) est surtout problématique dans les pelouses calcaires, qui sont des milieux rares et protégés classés Natura 2000. L’espèce se retrouve aussi dans d’autres milieux secs sur substrats rocheux ou sableux (anciennes carrières, dunes côtières, pelouses sur sables). (Photo : M. Halford)
Rosier-rugueux
Le rosier rugueux (Rosa rugosa) est une espèce particulièrement problématique dans les dunes côtières, qui sont également des habitats protégés classés Natura 2000.
(Photo : E. Branquart)
Arbre-papillons L’arbre à papillons, ou buddleja (Buddleja davidii), présente un caractère invasif dans des milieux ouverts et perturbés : milieux rudéraux, zones déboisées, gravières, carrières, parois rocheuses, voies ferrées, lieux incultes, murs. C'est actuellement l'espèce la plus fréquente dans les terrains vagues de la ville de Bruxelles. Il colonise également les bordures de cours d’eau. (Photo : P. Brusselen)
Hydrocotyle L’hydrocotyle fausse-renoncule (Hydrocotyle ranunculoides) est une espèce aquatique très problématique dans les plans d’eau et les cours d’eau à faible courant (étangs, anciens canaux, bras morts de cours d’eau).
(Photo : N. Pieret)

L’homme, principal responsable de la dissémination des plantes invasives

La plupart des plantes invasives sont des plantes ornementales. Historiquement, elles ont été introduites volontairement par l’homme dans les jardins botaniques, les pépinières, les parcs, les jardins, d’où elles se sont malheureusement échappées. Elles ont ensuite colonisé les milieux naturels. L’horticulture ornementale demeure donc un des principaux vecteurs d’introductions des plantes invasives.

Renouee La renouée du Japon a été introduite pour la première fois par la Société Horticole de Londres (Royaume-Uni) vers 1825. La plante fut cultivée pendant 20 ans dans les jardins de cette société. Elle est devenue populaire en Europe vers 1847, en recevant à Utrecht (Pays-Bas) la médaille d’or de la plante la plus « intéressante » de l’année par la Société d’Agriculture et d’Horticulture. Depuis, elle a été plantée dans de nombreux parcs et jardins. C’est aujourd’hui une des plantes invasives les plus agressives à travers le monde. (Photo : Frank Vincentz)
Lysichiton En Allemagne, le lysichiton (Lysichiton americanus) fut cultivé comme plante ornementale pendant une longue période. Il n’a jamais été observé à l’état sauvage avant 1980. Durant cette décennie, il a été planté par un seul jardinier dans un site naturel le long d’un cours d’eau dans la région du Taunus. A partir de cette plantation, 75 populations sont aujourd’hui établies le long des cours d’eau. (Photo : E. Branquart)

Nous sommes nombreux à utiliser les plantes ornementales : horticulteurs, services publics responsables des espaces verts, entrepreneurs de parcs et jardins, architectes paysagistes, jardiniers amateurs. L’homme demeure donc un vecteur important de propagation de ces espèces. Partout dans le monde, il les transporte, les plante, les disperse …
Dans un prochain article, nous expliquerons plus en détail les relations entre l’homme, le jardin et les plantes invasives.

AlterIAS, des alternatives aux plantes invasives             

AlterIAS (IAS pour Invasive Alien Species, terminologie anglaise utilisée pour désigner les espèces exotiques envahissantes) est un projet de communication qui vise à sensibiliser le secteur horticole à la problématique des plantes invasives. L’objectif final est de réduire les risques d’introduction dans les parcs, les jardins, les espaces verts et les bords de voiries, point de départ de beaucoup d’invasions dans les milieux naturels.

Pourquoi un projet de communication ?
Car les plantes invasives demeurent méconnues en dehors du milieu scientifique. Encore aujourd’hui, ces espèces sont utilisées en dépit des dommages environnementaux qu’elles peuvent causer. Il faut donc informer et sensibiliser. Tout au long du projet, différents outils de communication seront développés et diffusés à travers la Belgique : dépliants, brochures, DVD, site Internet, articles, communication avec les médias, conférences, etc. Pour plus d’information sur ce projet, consultez le site http://www.alterias.be.

Communication

M. Halford & G. Mahy
Pour le projet AlterIAS

AlterIAS [2010 – 1013] est un projet coordonné par l’Unité Biodiversité & Paysage de l’Université de Liège Gembloux Agro-Bio Tech, en collaboration avec le Centre Technique Horticole de Gembloux et le Proefcentrum voor Sierteelt. Il est soutenu et cofinancé par le programme LIFE + de la Commission Européenne, ainsi que par toutes les administrations régionales et fédérales en charge de la gestion de l’environnement en Belgique (SPW, ANB, IBGE, SPF-Environnement).

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